
Illustration par Baptiste Jorant
Depuis plusieurs mois déjà, l’adoption de l’écriture inclusive fait débat dans notre société comme au sein du Mouvement Colibris – les groupes locaux, le cercle d’orientation, l’équipe opérationnelle… Les échanges sont parfois vifs, souvent enrichissants, et conduisent à nous interroger sur nos représentations, de nous-mêmes et du monde qui nous entoure, sur nos identités et la façon de la vivre.
Nous avons laissé le temps à la discussion ; des positions assez diverses ont pu être échangées, sans qu’un consensus en faveur d’une position ne se dégage pour autant. Finalement, le Cercle de Pilotage (CP) de Colibris a pris une décision, en prenant en compte les multiples pratiques et envies des acteurs et des actrices de Colibris.
Le féminin au cœur du message porté par Colibris
Il y a plus de dix ans, les textes fondateurs de Colibris posaient déjà l’intention de mettre les valeurs féminines au cœur du changement de la société. La subordination du féminin demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Il nous faut rendre hommage aux femmes du monde entier qui prennent soin de la vie, entreprennent et construisent un monde du faire-ensemble. Il nous faut écouter le féminin en chacun d’entre nous. Notre monde a besoin de la juste complémentarité des valeurs féminines et masculines.
Des remises en question nécessaires
Les récents événements que connaît le monde occidental participent et encouragent à l’affirmation des femmes dans la société. Nous observons avec beaucoup d’intérêt ce mouvement qui permet à chacune et chacun de s’interroger sur sa posture et de construire de nouveaux schémas où les femmes et les hommes marchent ensemble au service du monde de demain.
Ce que nous décidons d’appliquer
– L’accord en genre des noms de fonctions, grades, métiers et titres
Exemples : présidente, directrice, préfète, auteure, intervenante, etc.
– L’utilisation du féminin et du masculin quand on parle d’un groupe de personnes dans la mesure où cela n’alourdit pas trop la phrase
– soit par l’utilisation de ce qu’on appelle la double flexion (exemples « les candidates et candidats »)
– soit par une reformulation épicène, c’est-à-dire un nom qui a la même forme aux deux genres (exemples : « les personnes candidates »)
Ce que nous décidons de ne pas appliquer
– L’utilisation du « point milieu », aussi appelé « point médian » (exemple : « les candidat·e·s »). Les vives réactions d’opposition et la difficile lecture que l’emploi de ce point peuvent susciter nous ont, entre autres, conduit à y renoncer.
– La modification de la grammaire française ; nous continuons donc d’appliquer la règle de grammaire officielle qui consiste à accorder le genre et éventuellement le nombre de l’adjectif avec le nom masculin lorsqu’il y en a un.
Ce que ces choix disent de nous
Cette décision vient nourrir différents besoins :
– celui d’un équilibre de nos représentations, qui redonne de la visibilité aux femmes dans notre communication ;
– celui d’un équilibre de nos aspirations, afin d’aller vers ce qui nous rassemble au-delà des clivages de forme ;
– celui de toujours prendre en compte que nous sommes toutes et tous interdépendants et liés.
Ce choix pour notre prise de parole collective se complète d’un laboratoire d’expérimentation interne, où chacune et chacun peut cheminer à son rythme en utilisant ce qui lui paraît le plus juste. Ainsi, dans sa communication avec les groupes locaux colibris, une partie de l’équipe opérationnelle de Colibris continuera à employer la règle du point milieu. Dans leurs mails professionnels internes, ceux qui le souhaiteront pourront également appliquer les règles de l’écriture inclusive qu’ils souhaiteront.
Nous souhaitons apaiser les débats vécus dans la société sur ce sujet. La langue, un de nos biens communs, peut évoluer. Tout en y participant, nous laissons les échanges se faire vers une évolution commune, complète et cohérente.
L’ensemble des membres du Cercle de Pilotage : Flore Biron Cercellier, Emmanuelle Ribès, Sylvie Calais-Bossis, Marie-Hélène Pillot, Pierre-Olivier Dombre, Philippe Dubarry, Laurent Van Ditzhuyzen, et Mathieu Labonne.




