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Slow cosmétique : bataille du naturel au rayon beauté !


“Plus naturel”, “plus protecteur”, “plus actif sur vos rides”... Depuis des années, les grandes marques rivalisent de promesses marketing pour vendre davantage de produits cosmétiques en surfant sur la vague du Bio et du naturel. De nouveaux fabricants se sont emparés de ce créneau et assurent tenir leurs promesses. Des labels viennent parfois valider leurs démarches. Alors, arnaques ou véritables progrès ? Constance Sycinski, coordinatrice générale du mouvement associatif Slow Cosmétique, décrypte la bataille du Naturel qui se livre au rayon beauté.



– Que représente l’industrie des cosmétiques aujourd’hui ? 

Le marché de la cosmétique pèse lourd au niveau mondial (environ 130 milliards d’euros par an). Il est détenu à plus de 97% par la cosmétique dite “conventionnelle”, qui ne se prive pas d’utiliser hélas quantité de plastiques, dérivés pétrochimiques, et composés synthétiques, des ingrédients polluants et pas forcément sains, selon notre association Slow Cosmétique.
La croissance du marché cosmétique global est continue (environ 4 %) mais elle est surtout liée à la demande des pays émergents, car en Europe occidentale, par exemple, le chiffre d’affaire des leaders du secteur connaît un recul depuis 3 ans, ce qui est une bonne nouvelle pour nous, car cela prouve que les consommateurs occidentaux sont pour partie sensibilisés aux problématiques de la cosmétique conventionnelle, et s’orientent progressivement vers le bio ou le naturel que nous défendons.

 

– Quel type d’impact peut-elle avoir sur les hommes et les écosystèmes ?

Au niveau environnemental, la cosmétique conventionnelle pollue. Elle représente ainsi 3% des microplastiques dans les mers (microbilles de PET et microplastiques d’emballages). Ce chiffre ne tient pas compte des substances plastiques et polymères liquides qui sont contenus dans bon nombre de shampoings et gels douche à rincer. Ce qui pollue aussi, ce sont les emballages nombreux utilisés en cosmétiques (maquillage, monodoses, flaconnages en plastique) et le matériel dit “PLV” qui sert au marketing très fort du secteur (présentoirs, posters, boîtes, etc). Plus pernicieux encore, beaucoup d’ingrédients cosmétiques polluent l’environnement de façon indirecte. Ainsi, le benzophénone dans les crèmes solaires conventionnelles affaiblit les coraux du monde entier, jusqu’à en tuer certains (les études de l’Université d’Ancône en Italie l’ont prouvé). Sans parler des conservateurs comme l’EDTA, le BHT ou DMDM hydantoin qui peuvent se retrouver dans l’environnement lorsqu’ils sont jetés ou rincés dans un produit.  D’autres associations de consommateurs (UFC Que Choisir, 60 Millions de consommateurs…) ont d’ailleurs souligné la présence récurrente d’ingrédients polémiques dans les formules de nombreux produits.
Au niveau sanitaire, le débat est gigantesque. Chaque cosmétique, dans l'Union Européenne, est rigoureusement contrôlé par la réglementation et donc individuellement non toxique. Les ingrédients polémiques pour la santé sont autorisés mais dans des concentrations limites (formaldéhyde et phénoxyéthanol, par exemple). Mais aucune étude n’existe sur l’utilisation de plusieurs produits, et sur le long terme, qui contiennent des ingrédients reconnus toxiques. Voilà pourquoi nous pensons que les cosmétiques conventionnels ont bel et bien un impact sur la santé sur le long terme, que nous voulons réduire en invitant les gens à passer à la Slow Cosmétique.


– Pourquoi ce terme de Slow Cosmétique ?

Il a été créé par Julien Kaibeck en référence au mouvement Slow Food, qui dénonce depuis les année 80 la malbouffe et promeut une alimentation plus authentique, saine et goûteuse, en lien avec le terroir. Notre association fait la même chose pour la cosmétique, en promouvant des produits ou des gestes plus naturels, nobles et ancrés dans les terroirs. Tout est expliqué dans son livre fondateur “Adoptez la Slow Cosmétique”. De ce livre est dérivée notre charte et notre action.


L’association et le label Slow Cosmétique

L’association Slow Cosmétique est une association de consommateurs, sans but lucratif, dont les missions sont de sensibiliser le public aux enjeux écologiques et éthiques présents dans l’industrie cosmétique. Afin d’aider les consommateurs à choisir des produits qui ont du sens, l’association remet plusieurs fois par an sa mention Slow Cosmétique aux marques engagées pour une cosmétique propre et raisonnable. Évaluée sur plus de 80 critères, qui concernent la formulation que l’approvisionnement, le marketing, l’emballage ou l’éthique, ce label vient récompenser les produits de cosmétiques aux formules « propres » (dénuées de tout ingrédient polémique pour l’environnement ou la santé) et au marketing « raisonnable » (le positionnement prix/produit est juste et le discours évite la surenchère ou les fausses promesses). Aujourd’hui, plus de 150 marques artisanales bénéficie de ce label.

Les détail sur ce label et la liste des lauréats sont consultables sur leur site : www.slow-cosmetique.org


– Les produits certifiés bio que vous recommandez coûtent plus chers que la moyenne ; comment répondez-vous à la question de l’accessibilité des produits aux populations moins aisées ?

Les cosmétiques bio ne coûtent pas forcément plus cher que les cosmétiques conventionnels. Il existe en bio des marques à bas prix, prix moyens, et prix élevés, tout comme en cosmétique classique. Cependant, il est vrai qu’en se basant sur la fonction d’un produit, un prix moyen très légèrement supérieur est à constater.

Mais la Slow Cosmétique promeut avant tout des gestes avec des produits simples et non transformés, qui ne sont d’ailleurs pas toujours des cosmétiques (bicarbonate de soude, café infusé, huile végétale…) et souvent déjà présents dans nos placards. Par exemple, l’huile de coco vierge de la cuisine sert aussi de démaquillant pour le visage, mais également de soin assouplissant et hydratant pour le corps. Le sucre fin devient poudre de gommage, et l’argile retrouve sa place à la salle de bain pour un masque ou une douche purifiants. Ces produits sont accessibles à tous, et la Slow Cosmétique dans sa forme de base est tout à fait adaptée aux budgets serrés. Ajoutons que la gym faciale (voir cette petite vidéo) remplace les soins antirides en tonifiant durablement l’ovale du visage avec de petits exercices très simples.

On peut vivre ainsi la Slow Cosmétique d’une façon très basique en ayant recours uniquement à des produits végétaux ou minéraux courants dans la cuisine, ou la vivre en faisant confiance aux produits des artisans récompensés par la mention Slow Cosmétique. Dans ce cas-là, on paye évidemment le vrai prix du produit, mais on fait vivre un artisan en lien avec la terre ou les plantes.


– Que pensez-vous de la démarche zéro déchet, qui invite souvent à faire ses cosmétiques soi-même ?

Nous incarnons un pan important de la tendance zéro déchet. Parmi les marques lauréates de la Slow Cosmétique, une dizaine sont des marques artisanales qui ont lancé le mouvement du zéro déchet à la salle de bain avec leurs shampoings solides ou leurs déodorants solides. Les recettes qui fondent la Slow Cosmétique à base de sucre, bicarbonate de soude et huile d’olive ou de coco sont aujourd’hui reprises dans bien des ateliers zéro déchet sur le territoire francophone.


– Dans une démarche de respect du vivant et de sobriété, n’est-ce pas l’ensemble de la pensée et de la culture du cosmétique à revoir, avec tout ce qu’elle charrie par exemple en terme d’exigences sexuées, de culte de l’image, de rejet de la vieillesse et des imperfections ?

Absolument. C’est pour cela que la Mention Slow Cosmétique est née en 2013, un an après la sortie du livre. C’est la seule récompense qui, contrairement aux labels qui ne s’intéressent qu’à la formule du cosmétique, s’intéresse aussi aux allégations, au marketing de la marque, à ses promesses. La Slow Cosmétique se bat contre ce que nous avons appelé le “brainwashing cosmétique”, un lavage de cerveau qui nous fait croire que le teint “zéro défaut” existe, ou que le produit miracle existe. Ce n’est pas le cas et nous le disons haut et fort, en montrant aux consommateurs que des gestes et des produits naturels, multi-usages et plus simples peuvent donner plus de sens à la cosmétique.


Aller + loin

- Le site de Slow Cosmétique : www.slow-cosmetique.org

- Le livre “Adoptez la Slow Cosmétique” de Julien Kaibeck, éditions Leduc.s, 2012.

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