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Variations sur le grain


Par Barnabé Binctin / journaliste indépendant - 29 mars 2017

Il appelle cela "la puissance du grain". Pierre Rabhi aime les aphorismes qui racontent la prodigalité de la vie : "Avec un seul grain de blé, on pourrait, si l’on s’en donnait le temps, nourrir toute l’humanité". Insistant bien, à la suite : "Ce n’est pas une métaphore". Ce n’en est pas une non plus que de dire que l’agriculture moderne ne privilégie pas tout à fait ce système de rendement, aujourd’hui.

C’est à ce changement de système - de rendement dans l’agriculture mais de culture, plus largement - que veut s’atteler le mouvement Colibris. Avec ce petit grain de toute beauté semé samedi lors de la conférence inaugurale, Pierre Rabhi a ouvert le champ à cette tournée qui se donne ainsi 3 mois pour mobiliser les forces citoyennes, à travers le pays, autour de l’appel à "rêver qu’un autre monde est possible".

Au vu de la campagne électorale, on se dit qu’il faut avoir un grain, quand même. Entre les scandales qui assèchent le débat et l’atonie des médias pour tout mouvement hors partis, le terreau ne paraît pas fertile.

Le cynisme doit-il pour autant l’emporter ? Les colibris veillent au grain depuis quelques années, déjà, en brandissant le pouvoir d’agir. "Car il ne suffit pas de dire que le monde doit être ainsi ou de l’autre façon, il ne suffit pas de savoir que l’une ou l’autre chose est bonne, il ne suffit pas de se tenir où tout point de vue s’annule" poétise Cyril Dion, dont le film Demain guide l’espoir du mouvement.

Autour d’Alain Souchon, toute une bande s’assume comme cette foule sentimentale qui a soif d’idéal – cela valait bien un rappel, sur la scène bordelaise. Parler de l’avenir en joie, discuter des communs en partage : c’est à une réhabilitation de la chose politique qu’ils invitent. Ce qui suppose déjà de séparer le bon grain de l’ivraie. Samedi, les costumes et les emplois fictifs étaient bien loin, ce sont ceux qui plantent, au quotidien, qui étaient à l’honneur.

Au sens propre, ça donne Julien qui apprend à piquer des graines traditionnelles dans un astucieux système de jardin emboîté, sorte de poupées russes de l’agriculture urbaine. "Du hors-sol, certes, mais la ville est aujourd’hui un moyen de redévelopper des savoirs ancestraux". Au sens figuré, c’est cette association d’éducation populaire qui place la pédagogie au cœur de son action, afin d’éveiller à l’esprit critique. "Une éducation aux choix et non un enseignement des choix". Son nom ? E-graine.

Le sillon est tracé, mais le chemin encore bien long. Il faudra parsemer les semences, arroser les semis, prendre soin des boutures, laisser le temps de l’éclosion. Voilà en tout cas qui donne du grain à moudre.


Barnabé Binctin

Journaliste indépendant, il travaille sur l’écologie politique et les enjeux de société.

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