Le MagDes idées pour construire demain

Un bistrot pas comme les autres #3

3. Le collectif rend riche !


Au petit matin, dans le village de Locmélar, à l’entrée des Monts d’Arrée dans le Finistère, une maison aux volets bleus s’étire et se réveille. Ça s’agite à l’intérieur, ça rigole et ça bosse. S’échappent des bonnes odeurs de pain grillé et de café… Bienvenue au Mélar Dit - un bistrot et pas que.

Cette aventure collective, montée en entreprise coopérative (SCIC) et portée par Margot et Florian, a pour volonté de créer un café-épicerie, un lieu de spectacles et d’ateliers, un endroit de rencontres et de services. En juin 2019, il ouvrira ses portes et l’on pourra ainsi y boire un verre, acheter du pain, écouter un concert, apprendre l’accordéon, enseigner la couture, se reposer, lire, ou encore retrouver des amis et amies...


Nous voici arrivés à Locmélar, petite bourgade de 500 habitants dans le Nord Finistère. Nous y posons nos valises pour de bon. Nous y sommes bien et plein d’entrain.

Toutefois nous ne connaissons ni le coin ni personne, alors par où commencer ? Et comment “s’intégrer” ?

“Vivre le coin”

Très vite, nous nous sommes donné comme mot d’ordre : “Vivre le coin !” Pas juste le regarder mais s’y immerger complètement. Si nous venions nous installer dans un petit village, c’était bien pour participer à sa vie, faire partie de son dynamisme en tant qu’habitant, avant même d’être les “gérants du futur bistrot”. Alors, à coups de rencontres et d'anecdotes, de portes poussées et de surprises, petit à petit, l’oiseau a fait son nid...

Phare de la Pointe St-Mathieu, tout à l'Ouest du Finistère

Nous avons commencé par nous installer dans le seul appartement disponible, situé au coeur du village : sur la place de l’église, en face du futur bistrot ! Nous n’avons pas du tout anticipé les répercussions de cet emménagement, et nous avons été, de suite, happés par la vie du village. Dès le pas de la porte franchi, nous croisons des voisins et échangeons un simple signe de tête ou quelques mots. Ainsi se sont faits les premiers contacts...

Puis dès novembre, nous avons participé à notre premier événement du village : le Kig ha Farz annuel (repas traditionnel avec de la viande et un far de blé noir), organisé par l’Amicale laïque de l’école, rassemblant 250 personnes. Nous avons eu droit à une petite présentation improvisée du bistrot : sans nous prévenir, on nous a demandé de nous lever et de parler au micro… Puis, la traditionnelle tombola est arrivée : Yvon qui avait gagné le panier garni est venu nous l’offrir devant tout le monde pour nous souhaiter la bienvenue. Effet surprise garanti : nous avons été conquis par l’accueil locmélarien et ce moment inattendu restera gravé dans nos mémoires !

Nous avions aussi envie de faire partie d’associations locales. Profiter d’avoir encore du temps pour connaître notre commune sous une identité différente de “représentants du projet de bistrot”. Alors Florian a rejoint l’équipe de journalistes du Melarig, le journal trimestriel de Locmélar. Ceci nous a permis de connaitre l’actualité et les habitants, mais aussi de parler de nous en consacrant dans le journal un petit encart dédié à l’avancée du projet (travaux, création de société etc…) et à ses actualités (événements, chantiers, réunions, coups de main…). Pour ma part, je suis allée étoffer l’équipe bénévole des bibliothécaires : la commune a la chance d’avoir encore une petite bibliothèque ouverte tous les samedis matin avec un beau choix de romans, albums jeunesse, BDs.

Les Amis du Bistrot 

Une chose était à peu près sûre : nous ne voulions pas partir tout seuls dans cette aventure et l’envie de faire ensemble, de créer du “collectif” avec les gens d’ici, était une évidence. C’est plus long mais ça rend plus fort et c’est gage de pérennité. D’autant plus, dans une petite commune, encore à taille humaine, où les gens se croisent mais ne se rencontrent pas forcément et où un bistrot a ce rôle essentiel de créer le mélange des uns avec les autres.

Article du Télégramme paru suite à la réunion publique - Janvier 2018

De manière à “officialiser” notre arrivée, nous avons donc organisé une réunion publique, en janvier 2018. Cela faisait presque un an que le projet était devenu concret et il était temps de le présenter. Ses prémices de plans pour la rénovation du bâtiment, l’engagement de la municipalité pour les travaux, ainsi que le fonctionnement envisagé pour la gestion, en Société Coopérative d’Intérêt Collectif (S.C.I.C.). Nous avions prévu d’avoir une trentaine de personne tout au plus. Au final, ce sont 70 habitants sur 500 qui ont assisté à cette rencontre ! Un peu désarçonnés, nous nous sommes adaptés et ça a été un temps très riche en échanges, en idées, en questions. Nous avons proposés trois ateliers participatifs pour clôturer la soirée : un sur les horaires d’ouverture, un autre pour les produits de l’épicerie, et le dernier pour les activités et animations. Ce temps a été une grande source d’inspiration pour la suite et nous y avons rencontré de belles personnes, dont beaucoup sont aujourd’hui des piliers du projet.

Troisième chantier participatif avec des habitants de Locmélar. 

Dans la foulée de cette réunion et au vu l’engouement des uns et des autres à participer à la mise en route du bistrot, nous avons décidé de monter une association. Celle-ci nous permettait aussi de souscrire à une assurance, nécessaire à l’organisation de chantiers participatifs. Le 18 février 2018 est ainsi née Les Amis du Bistrot avec une vingtaine de participants, de la commune principalement. Cette association, toujours existante et ouverte à qui le souhaite, a pour objet “de soutenir à la mise en œuvre d’un « bistrot et pas que » sur la commune de Locmélar (29 400), c’est à dire d’un lieu qui soit à la fois un café, un commerce de proximité, un lieu d’animations culturelles et de rencontres.” Nous nous réunissons, tous les deux mois, autour de “Goûters des Amis” pour imaginer ce qu’on veut faire ensemble. Pour le moment, l'association des Amis propose des chantiers participatifs, qui sont de bons moments de “faire ensemble” et de cohésion de groupe. Elle participe aussi à quelques événements extérieurs pour faire connaître le projet et récupérer un peu de financements.

Notre première buvette éphémère à Locmélar, lors du Tro Menez Are 2018.

Nous avons ainsi fêté les un an en mars. Un an d’intense activité, que nous, Florian et moi, avons beaucoup portée. Bien que la mise en place du projet arrive à son terme et que la Société Coopérative d’Interêt Collectif (S.C.I.C) ait été créée, il a été décidé de continuer l’association pour garder cette énergie du collectif. Toutefois, il était nécessaire pour nous de passer la main, notamment parce que nous allions être pris par notre rôle de gérant du bistrot, et pour ne pas mélanger toutes les casquettes. Nous avons donc changés de représentants légaux et pour garder un lien fort avec le projet, l’association a pris une part dans la S.C.I.C, en tant que partenaire et soutien.  

Une étape clef

“L’intégration” est une question importante. Ou plutôt, pour moi, l’apprentissage d’un nouveau territoire avec ses us et ses coutumes, avec son rythme et son histoire.

C’est une question qui se réfléchit au préalable parce qu’il faut se laisser du temps d’exploration et de rencontre. Ce sont pleins de moments invisibles ou anodins souvent, alors nous avons vite tendance à les oublier et même à ne pas laisser d’espaces pour les provoquer. Mais c’est avant tout une question qui se vit parce que c’est de l’observation, de l’adaptation, de la participation, de l’écoute et du TEMPS. Du temps passé avec les gens et passé à questionner le projet pour qu’il soit au plus juste de la réalité et du sens que nous souhaitons lui donner.

Découvrir et apprendre des autres est chronophage, parfois fatiguant, et en même temps tellement riche et nourrissant pour soi et pour la construction du projet. Bref, ça a été pour nous - et ça continue à l’être aujourd’hui - une étape clef dans la mise en place de ce bistrot-épicerie. 

A tout vite ! 

Margot

PS : Nos trois premières chroniques remontaient doucement le temps pour la mise en contexte. Le mois prochain, nous rentrerons dans le vif du sujet de notre réalité actuelle : nous ouvrons dans moins de trois mois… !


Pour aller plus loin :

- Le site internet du Mélar Dit 

- Les autres épisodes de la chronique "Un bistrot pas comme les autres", sur Colibris le Mag :

#1 "Un bistrot ? Quelle drôle d’idée !"

#2 "Ce sera là : à Locmélar !" 

#4 "Vivre et faire-vivre un café-épicerie, un défi économique"

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