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Comment nourrir l'humanité en 2050 ?

Solagro, une structure d’expertise environnementale

Solagro est une association créée en 1981, qui a pour projet officiel d’"ouvrir d’autres voies pour l’agriculture, l’énergie et l’environnement" afin d’assurer une gestion plus durable des ressources naturelles. C’est ainsi qu’au travers d’études techniques et d’évaluations, de missions d’assistance à des maîtrises d’ouvrage ou de formations, Solagro s’attache à la valorisation d’un modèle énergétique durable (biogaz, biomasse, solaire) et à la défense d’une production agricole plus soutenable (pratiques agroécologiques, agroforesterie, réduction des pesticides, etc.). Composée de 24 salariés et 150 adhérents, Solagro travaille avec différents acteurs (collectivités publiques, instituts de recherche, bureaux d’études), s’implique dans de nombreux réseaux tels que le CLER ou FNE, tout en accueillant l’Espace Info-Energie de la métropole toulousaine, destiné à délivrer des conseils gratuits aux particuliers sur les questions de maîtrise énergétique.

Afterres 2050, scénario d’avenir pour notre agriculture

En matière d’agriculture, Solagro s’est lancée il y a deux ans dans un projet d’étude prospective : Afterres 2050. L’objectif est simple : éclairer les "chemins du possible vers une agriculture viable et désirable en construisant un scénario agricole et alimentaire durable, crédible, compréhensible et quantifié physiquement pour la France à l’horizon 2050"1.
Il s’agit d’un scénario redéfinissant notre mode d’alimentation, notre modèle agricole et notre usage des terres à l’horizon 2050. La réflexion s’est enclenchée autour d’une question fondamentale : aurons-nous suffisamment de surfaces agricoles pour nous nourrir en 2050 ? L’enjeu ressemble fort à une équation, dont les termes connus et validés statistiquement sont les suivants : en 2050, il faudra composer avec une augmentation sensible de la population (environ plus 8 millions de personnes, soit 71 millions d’habitants en France) et donc des besoins alimentaires comme non-alimentaires, coïncidant avec la perte de surfaces agricoles et la stabilisation des rendements – le pic de production agricole étant franchi. A cela, il convient d’ajouter d’autres variables "supposées", qui correspondent aux feuilles de routes environnementales décidées par les institutions publiques : la réduction de moitié des pesticides en 2018, la réduction de 75% de l’émission des gaz à effet de serre (le fameux facteur 4), l’amélioration de la qualité de nos ressources en eau, etc.

Modèle mathématique et résultats

Tenant compte de ces paramètres, le scénario Afterres 2050 joue donc sur deux leviers principaux pour imaginer un système soutenable en 2050 :

  • Les besoins et les comportements alimentaires des humains et des cheptels
  • Les pratiques agricoles

Adossé à une modélisation mathématique intitulée MoSUT permettant de croiser plusieurs données et différents jeux d’hypothèses, le scénario Afterres 2050 donne un premier résultat favorable : il montre, de manière chiffrée, qu’il est tout à fait possible de nourrir correctement la France – et même quelques-uns de ses voisins – lors des quatre prochaines décennies, et ce en dégageant-même quelques surfaces agricoles, de l’ordre de 5 à 8 millions d’ha.
Les conditions pour cela donnent une idée du modèle agricole que l’on doit dessiner ces prochaines années : un modèle agricole basé à 50% sur une agriculture biologique et 50% sur une agriculture dite "intégrée"2, une réduction sensible des troupeaux, l’association des cultures, etc. Dans ce contexte, les paysages français se trouvent modifiés, par voie de conséquence. Surtout, l’assiette alimentaire se trouve sensiblement différente : plus de fruits, de légumes et de céréales, et beaucoup moins de viande, de sucre et de lait. Enfin, selon ces hypothèses, les émissions de gaz à effet de serre sont réduites de moitié.
L’essentiel est toutefois démontré : oui, il est possible d’envisager un scénario de qualité pour notre agriculture, notre alimentation, notre environnement et notre santé à l’horizon 2050. 

Afterres 2050 et négaWatt, convergence scientifique d’alternatives crédibles

Afterres 2050 se place dans la droite lignée de ce qu’a fait négaWatt sur l’énergie. Les parallèles dans la démarche et la réflexion entre les deux scénarios sont nombreux : ils prennent tous deux les besoins de la population – énergétiques pour l’un, alimentaires pour l’autre – comme base de départ, et non les productions nationales.
Les deux scénarios travaillent d’ailleurs ensemble sur quelques problématiques, s’échangeant des données pour compléter leur propre scénario :

  • La consommation d’énergie totale de l’agriculture, modélisée par Afterres 2050, est ainsi transmise aux tableurs et outils statistiques de négaWatt
  • A l’inverse, les besoins agricoles de matériaux (bois de construction, papier, paille, etc.) sont issus d’un programme spécifique du scénario négaWatt (le programme RENOV)
  • Sur la biomasse, Afterres 2050 fournit à négaWatt la quantité qui sera mobilisée pour l’énergie. Ainsi, on y apprend que le principal carburant utilisé en 2050 sera le méthane, issu de biogaz et de bois.

La sobriété, au cœur du projet

Afterres 2050 et négaWatt partagent un autre point commun, à la base de leur conclusion respective : c’est la nécessaire revalorisation de la sobriété dans nos modes de consommation, et donc de production. En prônant les économies d’énergie et en redéfinissant à la baisse notre assiette alimentaire, négaWatt et Afterres 2050 rappellent avec force que le régime actuel n’est pas soutenable. Ces principes fondateurs s’accompagnent dans leur développement de notions communes, telles que l’efficacité, le recyclage ou la valorisation des ressources renouvelables. Pour Philippe Pointereau, on est ici au cœur de l’enjeu de ces scénarios : "La sobriété reste un pilier de notre scénario de transition. Il s’agit de bien faire comprendre que la sobriété, ce n’est pas l’austérité. Au contraire, l’occasion est belle de développer de nouveaux savoir-faire à partir de ces bouleversements. C’est pourquoi il faut rendre le scénario attractif, pour réenchanter l’idée de sobriété. C’est une des parties essentielles à gagner".
Si la reconnaissance et la notoriété de Négawatt dans les modèles de transition énergétique ne sont plus à prouver, souhaitons à Afterres 2050 de connaître les mêmes succès et impact auprès de nos concitoyens !
 

Plus d’informations sur : www.solagro.org
Lire le Manifeste négaWatt, Éditions Actes Sud, collection Domaine du Possible.



[1] Voir la synthèse de la première version d’Afterres 2050

[2] L’agriculture intégrée se définit comme une production qui cherche à réduire l’utilisation d’intrants, en valorisant au mieux les ressources naturelles et en mettant à profit des processus naturels de régulation. Proche de l’agroécologie, l’agriculture intégrée diffère de l’agriculture biologique sur la question de l’utilisation possible de produits chimiques de synthèse, que la bio refuse complètement.

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