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Et si les régions pouvaient tout changer ?


Les 13 et 20 juin 2021, nous serons vraisemblablement appelés à voter pour élire nos conseils régionaux et départementaux. Ces élections passent généralement inaperçues. Et pour cause : la plupart d’entre nous ignorent à quoi servent nos régions. Pourtant, elles ont en charge des sujets fondamentaux dans nos quotidiens, comme les transports ou l’éducation, et sont surtout un échelon pertinent pour créer des politiques climatiques ambitieuses et concrètes. En vue de cette période d’élection, nous vous proposons de faire un tour d’horizon de ce que plusieurs d’entre elles ont mis en place pour la démocratie, la biodiversité, l’alimentation,...

6 régions phares

Au Centre, la démocratie partout et tout le temps

La Région Centre-Val de Loire, sous l’impulsion de son vice-président Charles Fournier, a lancé en 2019 une COP régionale, à l’image des Conférences des Parties internationales, comme la COP21 en 2015 à Paris. À l’origine, une certitude : 70% des solutions pour le climat se trouvent dans nos territoires. Et l’idée de créer un espace de discussions et de propositions, pour faire émerger des solutions concrètes pour le climat, a germé dans la Région. La première COP régionale est lancée  avec des centaines de citoyens, d’entreprises ou d’organisations diverses qui se mettent à chercher des solutions pour réduire leurs émissions de CO2 dans leurs territoires.

C’est une démarche collective sur le long terme : tous les deux ans, un point est prévu sur l’ensemble des actions et des initiatives. Un premier accord a été signé le 3 février 2020, avec des engagements :

  • Rendre la région résiliente aux changements climatiques ;
  • Prendre en considération les avis des citoyens, des jeunes, et des scientifiques ;
  • Accompagner les acteurs du territoire ;
  • Participer au changement d’échelle des transformations ;
  • Poursuivre le processus continu de la COP régionale, avec des accords tous les 2 ans.

Les citoyens au cœur des décisions politiques de la région durant les six dernières années. En 2017, le principe d’une “démocratie permanente” est posé pour aller encore plus loin : elle permettra à toutes et tous de participer partout et tout le temps aux politiques de leur territoire. Ainsi, de nombreux processus, événements et outils ont été déployés afin que les citoyennes et citoyens puissent participer et, plus encore, évaluer les décisions adoptées et leur impact. Cette expérimentation politique a été accompagnée notamment par nos amis de Démocratie Ouverte.


La Nouvelle-Aquitaine met le cap sur la transition écologique

Plus qu’un programme de conservation classique, le programme Ecobiose a été lancé en 2017 par l’exécutif régional de Nouvelle-Aquitaine, et en particulier par Nicolas Thierry, son Vice-Président en charge de l’environnement et de la biodiversité, pour éclairer leurs politiques publiques en s’appuyant sur leur riche biodiversité (massif forestier des Landes de Gascogne, marais Poitevin, pâturages limousins, montagnes pyrénéennes, vallées alluviales, long cordon littoral…). 

L’une des difficultés de cette intégration « reste le manque de connaissances sur les liens entre dynamique de la biodiversité et dynamique des services écosystémiques. » précise le rapport d’évaluation du programme qui regroupe 110 scientifiques de toutes disciplines (écologie, économie, sciences humaines, etc.). Ainsi, le premier travail réalisé a été d’évaluer ces apports de la biodiversité pour  l’agriculture et l’alimentation, la qualité de l’eau, la préservation du littoral, des terres, l’activité économique, touristique, la qualité de vie des habitants , etc.

©ecobiose

S’appuyant sur leur évaluation, les acteurs d’Ecobiose ont formulé 15 propositions à la Région pour valoriser et préserver cette biodiversité régionale, ainsi que les services qu’elle rend aux habitants. Parmi ses propositions, on relèvera la réduction des usages de pesticides et de fertilisants de synthèse, mais aussi des travaux mécaniques dans les parcelles agricoles et forestières, et l’intérêt de diversifier les espèces et variétés cultivées. On peut aussi noter des actions à prendre pour préserver les milieux semi-naturels et « Recréer des relations Homme-Nature, notamment dans les espaces urbanisés ». 

Un rapport de plus, qui finit dans les tiroirs régionaux ? Pas vraiment. Car Ecobiose a nourri la feuille de route de la Région, baptisée NeoTerra, dont nous avions déjà souligné le caractère innovant ici. Deux annonces, parmi d’autres : « La Région Nouvelle-Aquitaine s’est engagée à stopper l’utilisation des pesticides CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) d’ici 2025 et à diminuer de 80 % le volume des produits phytosanitaires d’ici à 2030. » et « La Région s’engage à accompagner les différentes filières dans cette démarche de progrès afin qu’à l’horizon 2030, 80 % des exploitations agricoles de Nouvelle-Aquitaine soient certifiées Bio, HVE ou autre certification équivalente. »

©ecobiose

Voilà un bel exemple de politique régionale, qui s’appuie sur l’expertise des chercheurs et des naturalistes locaux, et une volonté partagée de favoriser la transition écologique. Il ne reste désormais plus qu’à passer des promesses (de NeoTerra) aux actes en matière de transformations effectives des aménagements régionaux et de modes de production plus écologiques… L’objet du prochain mandat régional ?

L’Occitanie : une Région citoyenne ?

En 2018, la Région Occitanie a engagé un processus inédit de transformation démocratique et une politique publique de citoyenneté active. Avec, au cœur de la gouvernance de cette politique, la participation citoyenne. Le site laregioncitoyenne.fr propose aux citoyennes et citoyens de la région de voter des budgets participatifs, de donner leurs avis  en ligne sur des projets en concertation, ou encore de participer à des commissions d’élaboration citoyennes.

Parmi les dispositifs démocratiques innovants, on retiendra la Convention citoyenne pour l'Occitanie. La Région s’est inspirée de la convention citoyenne pour le climat pour imaginer des solutions communes aux grandes problématiques de la Région. Suite aux travaux des 100 citoyennes et citoyens tirés au sort, la Région a invité l’ensemble des habitants de la collectivité à donner son avis dans une votation régionale du 16 octobre au 8 novembre 2020. Elle a permis à plus de 20 500 habitants de s’exprimer et choisir plusieurs projets à engager pour améliorer l'accès à une alimentation écologique, la mobilité douce, l’emploi local, etc.

Résultat : 45 mesures prioritaires de la convention, ainsi que 155 propositions, ont été intégrées au sein du Plan de Transformation et de Développement, qui a été adopté par le Conseil Régional le 19 novembre 2020. Elles se répartissent en 3 grands axes :

  • Améliorer le bien-être de tous au travers d’un modèle plus durable
  • Renforcer les solidarités territoriales 
  • Développer de nouvelles pratiques de la citoyenneté

La Région avance désormais avec un plan d’action très ambitieux pour la biodiversité, pour le climat, pour la solidarité. Grâce à une pratique perfectible mais déjà innovante de concertation citoyenne.

6 000 Bretons engagés pour le climat

En Bretagne, même combat : la Région s’investit dans un grand chantier démocratique qui mobilise les institutionnels, les acteurs socio-économiques et les citoyens. L’ambition : maîtriser et accélérer la mise en œuvre de toutes les transitions dans ce territoire : transitions écologique, climatique, économique, sociétale mais aussi méthodologique.


En 2017, de nombreux rendez-vous de concertation avec les acteurs du territoire ont eu lieu (Carrefours des transitions et territoires, Forum des mobilités, groupes de travail techniques…). L’ensemble de ces travaux a abouti à un document d’orientations, soumis à la concertation.

En 2018, citoyens, entreprises, associations, partenaires, et institutions ont été amenés à s’exprimer au moyen de plusieurs dispositifs :

  • L’Atelier breton, un outil en ligne permettant à chaque habitant de s’exprimer sur le document d’orientations soumis à la concertation.
  • Un kit de concertation, mis à disposition de tous les acteurs souhaitant participer sur le site de la Breizh COP (Conférence des parties régionale);
  • La constitution d’un panel citoyen représentatif de la population et de la sociologie régionale.
  • La création du « Strategiezh », un outil de concertation sous forme de jeu de société permettant le débat public et l’animation d’ateliers citoyens autour du projet de territoire Breizh COP.  
  • Le serious game Opération Breizh COP pour s’approprier les enjeux du développement durable et explorer les futurs possibles de la Bretagne. 
  • Et l’organisation de 5 COP territoriales dans la Région.

En 2019, de nombreux Bretons se sont mobilisés pour définir des moyens à mettre en œuvre afin d’atteindre les objectifs de la Breizh COP, notamment sur le climat durant l’événement « La Bretagne s’engage pour le climat ». Et en 2021, près de 6 000 acteurs sur ce territoire se sont engagés dans des projets innovants et proposant des solutions concrètes, solidaires et durables  !

La transition entre POTEs en Bourgogne Franche-Comté

Depuis fin 2017, la Région Bourgogne Franche-Comté expérimente, elle aussi, une démarche de « gestion de la transition ». Un réseau de Pionniers Ordinaires de laTransition Énergétique (les POTEs) a pour objectif d'impulser cette transition énergétique à travers une dynamique collective régionale. 

Cette approche, née aux Pays-Bas, fait le pari que la mise en réseau de « précurseurs » ou pionniers d’un territoire (des particuliers, des entrepreneurs, des associations dans tous les domaines de la transition énergétique et sociétale) peut créer de grands projets pour la transition écologique et énergétique.  L’idée est de valoriser ces « précurseurs » pour leurs nouvelles manières de penser et d’agir. Des colibris qui font leur part, en somme !


Résultat, plus de 300 personnes se sont mises en réseau pour initier des projets intégrant la sobriété en ressources naturelles et énergétiques, la préservation de l’environnement et la mobilisation des ressources locales. Elles insufflent ainsi une synergie favorable au développement de nouvelles pratiques et de changements de plus grande ampleur. 

Cette Région met également la participation citoyenne au cœur de ses pratiques. La singularité des POTEs montre une fois encore que nos énergies combinées peuvent faire la différence. Et savez- vous quoi ? Ils recrutent encore des POTEs toute cette année. Alors, lancez-vous ! 

©Unsplash

Ne nous reposons pas sur nos lauriers !

Si ces processus démocratiques sont innovants et prometteurs, ils comportent quand même des limites que les régions devront prendre en compte :

Le nombre : la participation citoyenne reste très faible pour le moment, rapportée au nombre d’habitants par région. C’est le lot de toute innovation d’avoir ses pionniers ! Mais dans le cas de décisions politiques, il paraît compliqué de promouvoir un “désir citoyen” quand celui-ci est exprimé par une minorité.

Le genre : cette minorité est souvent homogène sociologiquement. Beaucoup de diplômés, de cadres, de personnes issues des mêmes milieux sociaux. Là encore, difficile d’y voir l’expression citoyenne d’un territoire dans son ensemble.

L’accessibilité : les débats publics, les consultations, les votes…, ceux-ci se passent beaucoup en ligne. Malgré certains événements fédérateurs, l’expression en ligne ne permet pas à certaines personnes d’interagir. Le fameux gap numérique constitue, en particulier, un biais de communication qui parle aux personnes très connectées.

Enfin, la confiance est encore à prouver. Après la prise en compte très limitée des décisions de la Convention Citoyenne pour le Climat, chacun peut légitimement se demander si ces processus démocratiques ne sont pas juste pure démagogie, une forme de democracy whashing. Comment peut-on en effet faire confiance à ceux qui initient ces processus mais ne ne respectent pas leurs engagements ?

Mobilisons-nous pour nos régions

©Unsplash

En 2015, nos régions sont passées de 22 à 13, devenant ainsi de très grands territoires. La même année, la loi NOTRe a renforcé leurs compétences sur l’économie, l’aménagement du territoire et la mobilité interurbaine. Aujourd’hui, les régions sont des échelles fondamentales pour l’action. Autonomes sur leurs nouvelles compétences, elles peuvent devenir un contre-pouvoir à une politique nationale qui n’en fait pas assez pour le bien-être de ses habitants et de leur environnement. 

Miser sur la région, c’est d’abord pouvoir imaginer de grands processus démocratiques qui incluent les habitantes et habitants du territoire dans la coconstruction de politiques locales. Ainsi, nous pouvons ensemble décider comment nous souhaitons nous déplacer, manger, faire de l’agriculture, éduquer nos jeunes, développer nos petits commerces… Une bonne politique régionale peut avoir des effets bénéfiques pour les dizaines d’années à venir. C’est à nous de reprendre le contrôle de ces territoires ! 

Nous allons pouvoir voter cette année pour un nouveau conseil régional, dont le mandat est de six ans. Les 13 et 20 juin, choisissons les projets qui nous ressemblent. Mobilisons-nous pour faire de nos régions des bastions solides pour créer un monde plus sobre et plus heureux.  (Inscription sur les listes électorales jusqu’au 7 mai)

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Les Colibris redonnent des couleurs à la démocratie ouvrant à nombre de choix de vie. Or, comme le démontrent plusieurs avocats comme Virginie de Araujo-Recchia, le système démocratiquement corrompu nécessite une sérieuse intervention de la Justice au respect des Droits de l' Homme, qui d' ailleurs mériteront d' être soutenus par les citoyens pour lesquelles ils se battent : https://mediazone.zonefr.com/news/plainte-collective-pour-crime-contre-l...

Ainsi la participation active de citoyennes et citoyens aux élections des conseils régionaux et départementaux permettra de mieux préparer une véritable démocratie par les deux bouts.

Est ce que l’on peut dire que les écologistes comme parti politique mûrissent dans le temps mais ne sont pas encore prêts à maîtriser l’ensemble et la complexité du système mondialisé. Exemple Yannik Jadot, mille fois plus maîtrisé que les précédents candidat-es mais tendentieux et inexpérimenté devant les enjeux de la force nucléaire le Moyen Orient la Chine et ses intentions planétaires. D’où par exemple le passage brutale au cantine végétarien, geste plutôt anectodique