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La Ferme du Suchel : cinq amis redonnent vie au Beaujolais Vert



Par Nelly Pons, dans KAIZEN n° 32, mai / juin 2017

Dans un vallon du Beaujolais Vert, non loin de Lyon, une ancienne ferme reprend vie peu à peu. Depuis 2013, cinq amis trentenaires ont entrepris d’en restaurer le bâti et de remettre en activité les terres.

Après un séjour d’un mois comme bénévole au Hameau des Buis (Ardèche) en octobre 2011, William Tachon s’est intéressé au concept d’oasis. Écologue de formation, il affectionne particulièrement la dimension de partage qui en découle : partage de savoirs, de savoir-faire et d’expériences. En décembre 2013, avec quatre amis – Julien, Chloé, Boris et Alexandre –, il achète une ferme en mauvais état à sept kilomètres de Tarare, accessible en train depuis Lyon en trente minutes seulement. 

À travers leur projet d’oasis, ces trentenaires se sont mis en quête de « voir la vie autrement, de renouer avec le travail de la terre, la connaissance du bâti ancien et de participer à préserver le patrimoine ». 

Dès la première année, quelques personnes qui s’intéressaient au projet ont créé l’association Les Sources du Suchel, pour faciliter l’ancrage local. Au programme : accueil du public, sensibilisation à l’environnement, revalorisation du patrimoine, projet de terres cultivées en permaculture… Avec une cinquantaine d’adhérents, l’association organise des rencontres, des journées portes ouvertes ou encore des chantiers. C’est ainsi que l’ancien lavoir a pu être restauré ; un chemin autrefois abandonné réouvert ; une mare, 1 000 m2 de buttes en permaculture et une haie champêtre et fruitière créées. Véritable brise-vent et réservoir de biodiversité sur 80 mètres linéaires, cette dernière se compose d’une vingtaine d’arbres fruitiers de variétés anciennes ou locales, plantés en partenariat avec le Centre de ressources de botanique appliquée. Pour William, ce que les gens viennent chercher à la ferme du Suchel, c’est « la possibilité de faire des choses concrètes localement ». 

Pour acquérir la ferme, William et ses amis se sont constitués en société civile immobilière (SCI) à fonctionnement coopératif, avec un apport initial de 200 000 euros. S’ils n’ont pas tous le même nombre de parts dans la SCI, le pouvoir décisionnel est équitablement réparti entre eux (une personne égale une voix). Leur souhait : rénover les 300 m2 de bâti ancien et valoriser les 27 hectares de terres alentour constituées de prairies, de landes et de forêt. Les travaux sont réalisés en autoconstruction : rénovation de la toiture (isolée avec de la paille acquise auprès de paysans du coin), coulage de dalles isolantes, maçonnerie à la chaux… Accompagnée ponctuellement par des artisans pour un appui technique, l’équipe vise un seuil de résistance thermique du bâtiment ambitieux, parmi les plus performants actuellement (R > 8). 

Le corps de 300 m2 de cette ferme typique de la région abritera deux grands appartements. Une extension de 80 m2 pourra également être construite si besoin. Des espaces communs sont prévus, notamment une buanderie, un atelier, une grande salle conviviale avec bibliothèque et deux chambres d’amis. Le chauffage, lui, sera 100 % solaire thermique et bois, pour bénéficier des ressources gratuites du soleil et de la forêt alentour. Les travaux de rénovation sont en cours, pour une installation prévue d’ici à 2020. En 2016, les cinq compères avaient déjà donné plus de quatre mille heures de travail au projet. 

À la fois gérant associé de la SCI et adhérent de l’association, William ne prévoit pas de vivre à la ferme du Suchel, trop éloignée de son bassin de vie en Isère. Dans le groupe des cinq, seuls Julien et Chloé prévoient d’y habiter. En 2016, ils ont communiqué sur le projet tant localement qu’à une échelle plus large et rencontrent actuellement plusieurs familles qui envisagent de prendre des parts dans laSCI et d’habiter sur place. Pour ceux que cela intéresse, il est encore temps de vous manifester ! 


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