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Film : "Le Maître est l'Enfant"


Silence et gazouillis. La première chose qui nous frappe dans ces scènes filmées au sein de la plus ancienne école Montessori de France, à Roubaix, est le volume sonore qui s’accorde avec le bien-être de tous et la concentration des enfants. La deuxième, qui nous accompagne tout au long des 100 minutes du film Le maître est l’enfant, c’est la bienveillance qui règne entre les 28 enfants de cette classe, de 3 à 6 ans.

« Cette situation n’est pas un peu idyllique ? », interrogeait d’ailleurs une spectatrice, dubitative, lors de l’une des avant-premières de présentation de ce film, au MK2 Quai de Seine, le 26 septembre dernier à Paris.

« Ben, non…, lui répondait alors Alexandre Mourot, le réalisateur qui a planté sa caméra dans la classe quatre mois durant, il y a vraiment beaucoup de bienveillance dans cette classe entre les gamins. Je n’ai pas assisté à des crises. Ce qui n’empêche pas quelques agacements, impatiences, incompréhensions ou moments tristesse, notamment de devoir se séparer de ses parents lors de la première journée d’école, comme je le montre à l’écran. Je crois que la clé de ce climat apaisé, c’est le respect dont on fait preuve à l’égard de ces enfants, vis-à-vis de leurs rythmes et de leurs besoins, et la liberté dont ils jouissent pour apprendre et grandir ensemble. » 

Respect et liberté sont bien au carrefour de cette pédagogie créée par l’Italienne Maria Montessori dans la première partie du XXè siècle, comme d’ailleurs d’autres méthodes considérées toujours comme « alternatives » (Freinet, Steiner…). Et ce point de départ pédagogique fait merveille ! L’émotion de voir comment, par exemple, le petit Géraud s’épanouit comme un nénuphar dans cette classe, gagne en adresse, en concentration et en assurance, ne nous lâche plus. Car en leur faisant confiance, Maria Montessori a compris qu’on permet les apprentissages les plus divers, parfois très élaborés, chez les enfants. Par le respect donc de leurs rythmes, mais aussi en priorisant le faire, la création et la manipulation de nombreux objets et matières. En invitant aussi à la coopération. De quoi favoriser l’avènement d’adultes autonomes et responsables. 

Cette évocation par l’image, avec les gestes, les parcours et les paroles des enfants, sans poser dessus de longs discours d’adultes, est incontestablement la réussite de ce film. Sa limite aussi, dans la mesure où certains regretteront un manque de mise en perspective de ce film avec les enjeux des politiques éducatives actuelles. Mais ne boudons pas notre plaisir : à Colibris, on a craqué sur ce long métrage, et on vous invite bien chaleureusement à le découvrir à votre tour !

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Commentaires

J'ai été effrayée par ce film. Des enfants silencieux, obéissants, sans aucune initiative, isolés (chacun travaille dans son coin. Il y en a même un qui peint seul face à un mur) appliqués à des tâches d'une autre époque (laver sur une planche) ou inutiles ( allumer des bougies) , sans aucune créativité. Mais on fait croire aux parents qu'il font de la géographie parce qu'ils font un puzzle d'Afrique, de la musique parce qu'ils répètent les noms des notes, de la lecture parce qu'ils oralisent des mots. Oui c'est calme. Mais quelle tristesse! Je n'avais jamais imaginé qu'une classe enfantine puisse exister sans aucun jouet! sans dessins d'enfants aux murs (le maître les range dans un tiroir aussitôt finis) ! sans lecture, musique, danse partagées... C'est sinistre.

Je suis vraiment surpris par votre perception de ce film, qui ne correspond pas du tout à la mienne. J'ai au contraire trouvé que les gamins sont à la fois libres, gagnent en autonomie, mais demeurent en lien et souvent en coopération entre eux. Il y a d'ailleurs pas mal de moments en collectif, contrairement à ce que vous indiquez. Je n'ai pas du tout trouvé cette classe vide – elle est pleine de jouets et matériels ! Et plein de vie, certes studieuse mais apaisée.

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