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Foodorama #3

La gestion du plastique en Amérique Centrale

Cet article a été initialement publié sur worldfoodorama.com

Nous sommes Kalima et Sylvain et depuis le 21 septembre 2018, nous voyageons à vélo couché. Pendant 2 ans, nous parcourrons les 5 continents, soit plus de 40 000km, pour aller à la rencontre des personnes qui innovent afin de trouver des solutions écologiques et durables pour nourrir notre planète. Cette aventure, que nous avons appelée Foodorama, est née d’une envie de découvrir le monde tout en nous engageant sur un thème qui compte beaucoup pour nous, l’alimentation.


Des montagnes de plastique jonchent les bords de route que nous empruntons. La plupart de ces déchets sont des sacs plastiques, des bouteilles, des emballages alimentaires, du polystyrène, des couverts, des gobelets…Tous ont eu une durée d’utilisation extrêmement courte, de l’ordre de 20 min, principalement pour de la nourriture à emporter. Ils mettront plus de 400 ans à se dégrader. Ni collectés, ni recyclés 80% des déchets arriveront en mer…. Soit 100 tonnes par seconde, majoritairement du plastique.

Même si l’Europe a diminué sa production de plastique de 7% en 2017, la production mondiale a quant à elle augmenté d’un tiers en seulement 10 ans. Pour aller vers une alimentation plus durable, nous devons d’urgence nous interroger sur les solutions qui existent pour faire face à cette catastrophe environnementale.

Nous avons traversé certains des pays les plus touchés par cette pollution de déchets plastiques. Mais c’est aussi ici que l’on a trouvé de magnifiques initiatives pour en finir avec l’ère du plastique à usage unique.

Nous avons commencé notre enquête à Morelia au Mexique où nous avons rencontré Scott Munguia, le fondateur de Biofase, une entreprise révolutionnaire, qui fabrique, à partir de noyaux d’avocats, une résine de plastique biodégradable, pouvant servir à la confection de pailles et de couverts. Ce plastique ne met que 240 jours à se dégrader totalement, sans résidus toxiques pour la nature.

Scott Munguia pense que le plastique n’est pas le problème en soi, c’est la matière première, le pétrole, servant à le confectionner qui est à repenser. Il existe de nombreux polymères naturels qui pourraient permettre de fabriquer du plastique. Le noyau d’avocat présente l’avantage, contrairement à l’amidon de maïs couramment utilisé pour les plastiques biodégradables, d’être un déchet et de ne pas rentrer en concurrence avec une source de nourriture. Certains diront à juste titre que la culture d’avocat n’est pas toujours très durable (déforestation, coûteuse en eau et en pesticides…). Toutefois, il n’est pas question de cultiver spécifiquement des avocats pour faire ce plastique mais bien de recycler un produit non utilisé. Selon Scott, ce marché a un potentiel énorme car il reste encore 90% des noyaux d’avocats au Mexique, qui terminent actuellement à la poubelle.

La résine de Biofase peut aussi être vendue directement, sous forme de granulés, à des usines de couverts en plastique qui vont pouvoir l’utiliser, sans changer de machines, comme une résine de plastique à base de pétrole.

Pour le moment ce plastique revient à 20% plus cher qu’un plastique classique. Ce qui fait que le bioplastique représente aujourd’hui moins de 1% du marché du plastique au Mexique. Scott a bon espoir qu’avec le temps, les technologies pour le fabriquer seront plus abordables et le rendront plus accessible.

Nous avons essayé ces couverts en noyaux d’avocats. Ils sont d’une jolie couleur crème et semblent solides. Il ne reste plus qu’à patienter 240 jours pour voir comment ils évolueront !

De retour sur la route, nous nous dirigeons vers le Guatemala, au bord du lac Atitlan. Mais ce magnifique lac, avec ses trois volcans qui l’entourent, a un problème majeur : il devient de plus en plus pollué.

Deux des raisons principales de cette contamination viennent du fait que :

  •  La plupart des déchets plastiques finissent dans le lac car il n’y a pas toujours de collecte des ordures ménagères mise en place par les municipalités ;
  •  76% des eaux usées des maisons, hôtels et autres bâtiments finissent dans le lac sans traitement préalable.

Avec la population qui ne cesse d’augmenter et les touristes qui arrivent en masse chaque année dans ce petit coin de paradis, vous pouvez imaginer les dégâts…

Mais ne pourrait-on pas se passer définitivement de ces plastiques à usage unique? C’est le pari qu’a fait le maire, M. Mauricio Méndez de la petite ville de San Pedro de la Laguna, au bord du lac Atitlan au Guatemala. En 2016, il a instauré un décret municipal interdisant l’usage des 3 plastiques les plus polluants dans toutes sa commune : les pailles, les sacs plastiques et les emballages polystyrènes, très utilisés en Amérique Centrale pour la nourriture à emporter. Ici les gens font leurs courses avec des paniers, emballent leurs tortillas dans des torchons en tissus, ou la viande dans des feuilles de bananiers.

Une grande bataille pour la Municipalité, qui a dû convaincre les habitants du village, en faisant du porte à porte, avant de mettre en place son décret. Désormais deux autres villages autour du lac ont suivi l’exemple et peut être plus dans le futur ! Trois ans après le décret, nous voyons encore quelques sacs plastiques dans les rues mais la plupart des locaux et des commerces n’en utilisent plus. Nous avons pu le vérifier par nous même en demandant un sac plastique qui nous a été refusé.

San Pedro a aussi inauguré un des premiers centres de recyclage autour du lac. Au Guatemala, très peu de communes possèdent un centre de tri. Nous avons visité celui de San Pedro et nous ne pouvons qu’être admiratifs devant le travail accompli.

Pour terminer notre enquête, nous avons rendu visite à Amigos del Lago, une association qui a crée le programme RECICLA ATITLAN, un projet unique de recyclage dans les douze villages autour du lac, mené par des groupes de femmes autochtones. Ces femmes passent régulièrement dans les commerces, écoles et maisons de leurs villages pour faire des collectes de bouteilles en plastique, de cannettes de soda et de cartons. Elles effectuent également un grand travail de sensibilisation auprès de la population en leur expliquant que, contrairement aux déchets organiques, le plastique va rester dans la nature sans se biodégrader. Une fois collectés, les déchets sont revendus à des entreprises qui vont les recycler en d’autres produits (vêtements, bâches pour le bâtiment, produits de construction etc.). La récupération du plastique n’est plus seulement une question d’environnement mais devient une véritable source de revenus pour ces femmes guatémaltèques.

L’association co-organise également des « marches de nettoyage » autour du lac. A l’occasion de la journée de l’eau, le 22 mars, des marches ont été organisées dans 6 villages différents. Une bonne façon de sensibiliser la population tout en nettoyant le lac. Nous avons assisté, avec Jean-Pascal, notre ami du Québec avec qui nous avons voyagé à vélo, à celle de Santa Catarina. Au bout de quelques minutes, des enfants présents sur le terrain de foot à côté, nous ont rejoint pour participer à cette opération. Un bon signe pour l’avenir !

Avant de quitter le Guatemala, nous avons décidé de faire l’ascension du volcan Acatenango au Guatemala, situé juste en face du Fuego, un des volcans les plus actifs au monde. Nous nous sentons privilégiés d’assister à un tel spectacle !

Puis nous assistons au lever du soleil, en haut de l’Acatenango après un réveil à 3h30…

Depuis, nous suivons la côté Pacifique d’Amérique Centrale. Les étapes sont plus longues. Nous avons quitté la montagne pour une route moins pentue. La contre partie est cette chaleur étouffante qui ne nous quitte plus, ainsi que quelques moustiques bien gourmands… La saison des pluies se fait attendre…

Nous sommes actuellement au Nicaragua, après avoir traversé Le Salvador en 6 jours seulement (avec un passage de frontière improbable sur une plage abandonnée…). Demain nous arrivons au Costa Rica, où un nouveau tournage nous attend… mais également la famille de Kalima, venue nous rendre visite !

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