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Graziella, la bifurcation en actes !

Graziella a été stagiaire pendant six mois dans le Mouvement Colibris. À 20 ans, engagée dans des études de lettres et de théâtre, elle a eu une prise de conscience écologique pendant le confinement. Depuis, sa vie a changé ! On avait envie de partager avec vous les joies, les doutes, les projets, et l’énergie de cette jeune femme pleine de pétillance et d’enthousiasme !


Tu faisais des études artistiques qui te plaisaient. Et tu as tout arrêté pour changer de voie. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Pendant le confinement, j’étais sur mon ordinateur, tranquilou, et je suis tombée par hasard sur le Mooc Zéro Déchet, du Mouvement Colibris. Je ne sais même plus pourquoi j’ai décidé de le suivre, parce que j’étais pas du tout branchée écologie ! J’ai cliqué, sans savoir que ça allait me prendre autant de temps. Ça a bien occupé mon confinement (rires) ! Cette formation m’a fait réaliser qu’il y avait des gros problèmes, dont je n’avais pas du tout conscience. J’ai fait une sorte de crise d’ado après, je voulais quitter mes études, partir faire du woofing… Au final pendant mon année de théâtre en Erasmus, à Bologne en Italie, je n’allais plus trop en cours, et j’ai continué à faire des Mooc du Mouvement Colibris ! Ç’a été un énorme tournant, parce que j’avais toujours eu ce côté artistique, qui m’équilibrait. J’avais écrit une pièce pour être admise dans une école de théâtre, je voulais vraiment être écrivain. Mais découvrir l’écologie, l’état de la planète, l’état des gens aussi, je suis sortie de ma bulle, j’ai eu l’impression que faire de l’art, c’était devenu inutile. Mais récemment, j’ai lu un livre d’Aurélien Barrau, « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité »*. Il y a cette phrase, qui m’a tellement marquée : « le monde de demain sera poétique ou ne sera pas. » Pour inventer un nouveau monde, il faut qu’on l’imagine. Et j’ai réalisé que l’art, l’imagination, le rêve… c’était très important pour moi, que je ne devais pas le renier. Maintenant, c’est devenu la colonne vertébrale de mon engagement.

Comment tu imagines poursuivre ton engagement, après ton stage à Colibris ?

Aujourd’hui, je suis en première année de master de transition écologique à Sciences Po Grenoble, mais j’ai envie de faire plein de choses à la fois ! J’ai demandé une année de césure, pour faire une formation de neuf mois à Lumia. C’est une école où on aborde l’écologie dans toutes ses dimensions : intellectuelle, manuelle – permaculture, bricolage, low tech –, du collectif, mais aussi de l’introspection, du spirituel.

Le parcours Explore de Lumia

Permaculture, communication consciente, gouvernance coopérative, low tech, lien au vivant... Lumia s’est donné pour ambition de former ces « aventuriers », capables de penser, agir, transformer et créer des systèmes radicalement innovants, soutenables et désirables tout en étant intérieurement alignés.

Du 21 septembre et le 21 juin, Lumia propose une expérience transformatrice dans un collectif engagé et intergénérationnel dans les Alpes-Maritimes, ouverte à toutes et à tous à partir de 18 ans.

Il reste des places ! Contactez [email protected] pour recevoir votre dossier de candidature. Voir le programme complet.

J’ai envie de créer mon entreprise, pour embarquer les gens dans la transition écologique et sociale, avec des séjours, des formations, des accompagnements de projets, de classes… D’ailleurs, cet été, j’organise un séjour, du 1er au 7 août, dans un gîte dans le Beaujolais, avec une quinzaine de personnes. L’objectif : accompagner des jeunes à éclore dans la transition. Ce sera un cheminement, qui partira de soi, ira vers les autres, vers la nature et tout le vivant, pour explorer comment on préserve toute cette richesse. On essaiera ensuite d’embarquer d’autres personnes avec nous !

Nous sommes dans une période de grands défis. Qu’est-ce qui t’enthousiasme ?

Ce qui m’enthousiame, c’est la reconnexion : à moi, aux autres, au reste du vivant. Ce qui est stimulant aussi, c’est la perspective de renouveler le monde, d’imaginer de nouvelles façons de vivre, d’aller à la rencontre d’alternatives, de nouvelles personnes.

J’aime bien les défis aussi, et là, c’en est un immense ! C’est hyper motivant ! Parfois je me dis que je suis contente d’être née à cette période, parce que ma mission de vie est toute tracée, j’ai pas besoin de me poser plus de questions que ça !

Qu’est-ce qui te fait peur ?

C’est l’inaction. Elle me fait peur, chez moi d’abord – du coup je ne suis jamais inactive – mais surtout chez les décideurs. On a beau signer des pétitions, faire des manif, faire des actions de désobéissance civile... j’ai l’impression qu’on se heurte toujours à un mur, et ça, ça me fait peur.

Après, j’ai aussi peur de l’avenir. De ne pas vieillir, de mourir trop tôt, c’est horrible ! On nous parle d’apocalypse à l’horizon 2050… Mais je n’aurai que 50 ans, je suis censée être encore en vie !

Qu’est-ce que t’a apporté le Mouvement Colibris ?

La première chose : la lucidité. C’est Colibris qui m’a ouvert les yeux sur ce qui se passait réellement.

L’association m’a aussi apporter la confiance, l’espoir. Il y a des gens qui se bougent, qui font des trucs de fou, ça va marcher, c’est obligé ! Ce stage m’a aussi beaucoup apporté sur la relation humaine, qui peut être réinventée, en étant attentif, et en prenant soin les uns des autres, en cultivant la bienveillance. Ça a été très précieux.

Qu’est-ce que Colibris ne t’a pas apporté ?

Question difficile !… Un truc m’a un peu manqué : plus de prises de position critiques du système. À Colibris, on est plutôt « pour », c’est louable, mais il manque le côté « contre ». Pour moi, c’est important : quand on est pour quelque chose, on est forcément contre autre chose !

Comment envisages-tu l’avenir ? Est-ce que tu es optimiste ou pessimiste ?

Ça change beaucoup en ce moment ! D’un côté, le Giec nous dit qu’il ne nous reste que trois ans, de l’autre, de nouveaux mouvements se créent, de nouvelles personnes embarquent dans la transition... En vrai, je ne sais pas. Entre les deux tours des présidentielles, je me suis demandée s’il n’allait pas y avoir une révolution. Les citoyens en ont marre de l’inaction des décideurs, de leur hypocrisie, de leurs guerres d’ego. J’imagine qu’un évènement qui mette les gens encore plus dans la merde, ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase, et ça peut exploser... Mais ce que j’espère, c’est qu’on vive une réelle transformation de la société, rapide, qui nous permette de vivre dans un monde viable, qu’on devienne tous plus résilients, qu’il n’y ait plus d’inégalités...

Ce que Colibris fait, avec la campagne Nouvelle (R), accompagner la bascule des territoires, c’est génial, je pense qu’il faut faire ça partout ! Et pour ça, l’association veut aller vers les autres publics, sortir de l’entre-soi écolo. C’est vraiment important, et ça va permettre de faire basculer une masse de gens plus importante, des gens qui souffrent mais qui n’ont pas vraiment conscience que leurs souffrances sont liées aux problèmes écologiques.



* « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité », Aurélien Barrau,  Éditions Michel Lafon, 2019.                                            

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