Le MagDes idées pour construire demain

Guillaume Mouton, un colibri Nu & Culotté !



Guillaume Mouton, alias Mouts, a 30 ans. Il a fait mille voyages, écrit un livre en Amérique, cofondé “Nus & Culottés”, vécu en collectif pendant deux ans, photographié les campagnes françaises… et compte bien ne pas en rester là ! Comme pour chacun de ses périples aux départs dénudés, ce sont les rêves qui ont guidé son parcours. Portrait d’un artiste, voyageur et beau garçon.



“J’ai passé ma jeunesse à arpenter la France. En long, en large, en travers et dans une caravane." 

Rêve numéro 1 : le premier voyage, l’Amérique

“Le cadre heureux de mon enfance m’a avant tout donné envie... de le quitter. À vrai dire, plusieurs éléments m’ont amené à partir pour la première fois. Une grande curiosité d’abord, que j’ai toujours eue et que mes parents ont laissée éclore et s’épanouir. Un certain sentiment de malaise ensuite, à l’adolescence, face à un monde qui ne me semblait pas tourner toujours très rond. La préservation et le respect de notre environnement m’ont en effet vite mobilisé. Une conférence enfin, celle d’un jeune voyageur parti en vélo avec deux de ses copains. Mon père m’avait emmené voir ça peu de temps avant le bac. Quand j’ai entendu ce type et toutes ses anecdotes de voyage, un brasier s’est allumé en moi : “C’est exactement ce que je veux vivre !” Voir le monde, tester les rapports aux hommes et à la nature, retrouver par hasard un gars que tu as croisé à l’autre bout de la planète… Il fallait que j’y aille.

“Alors je suis parti. Pour un tour de l’Amérique avec ma compagne de l’époque. On cherchait toutes les réponses apportées par les gens de l’autre côté de l’Atlantique à la crise environnementale. Un an de voyage, 17 pays, 40 000 km, des filets récupérant l’eau de la brume dans le désert chilien, du carburant états-unien à base d’algues, des fours solaires argentins et beaucoup d’autres expériences m’ont conduit à un livre, EcoAmerica, et… à une rupture amoureuse et cognitive !

Rêve numéro 2 : partir à poil, avec sa b*** et son couteau

“À mon retour en 2010, j’ai appelé Nans. On était très amis depuis une course de poubelle mémorable et un peu éméchée, quelques années plus tôt à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées de Toulouse). On avait les mêmes préoccupations environnementales, les mêmes rêves de voyage qu’on avait menés chacun de notre côté. Alors quand on s’est retrouvés, on s’est demandé comment on repartirait ensemble. 

Mouts et Nans, de "Nus & Culottés"

“ Sans sac de couchage ? - Déjà fait. Sans sac-à-dos ? - Déjà fait. Sans argent ? Déjà fait. Ok, alors on part à poil, avec notre b*** et notre couteau”. Quinze jours plus tard, on ne s’était pas débinés et on partait vraiment tout nus et sans argent de la Drôme et avec un objectif : arriver en décapotable rouge et costard à Paris, et sortir en boîte de nuit. Encore 5 jours plus tard, on entrait dans la capitale dans un taxi tuctuc rouge décapotable et on était invité à l’Arc, l’une des boîtes les plus huppées de Paris !

“ Ce premier voyage a été un choc. On se rendait compte qu’on pouvait vivre des choses extraordinaires juste là, en France, chez nous, et qu’on n’avait pas besoin d’aller à l’autre bout de la planète pour ça. C’est comme si on avait découvert un autre pays, un univers parallèle. Il y avait celui qu’on connaissait depuis toujours : l’autoroute bruyante, peu agréable et sur laquelle on est pressé par un GPS qui retarde toujours le moment d’arriver. Et puis, il y avait le monde juste là, de l’autre côté du petit talus : un chemin magique avec nourriture et vêtements qui pendent des arbres, des gens disponibles et improbables, des histoires de dingues. 

Rêve numéro 3 : trouver la joie, la donner (et insister)

" Ce qui était à l’origine un défi lancé par deux mecs pleins de testostérone nous a fait nous rendre compte de la qualité qu’apportaient au voyage la nudité et surtout, le dénuement. N’avoir rien sur soi, à part un rêve, nous rendait vulnérables et dépendants de la solidarité des personnes rencontrées en chemin. Et c’est cette vulnérabilité-là, cette authenticité et cette simplicité imposées, qui nous ont permis de vivre des rencontres et des expériences hors du commun. Alors on s’est dit qu’on voulait continuer l’aventure et la partager avec le plus de gens possible. Pour cela, nous avons envoyé la petite vidéo de notre périple à un producteur. Il a fallu être carrément insistants avec la secrétaire, mais ça a marché. “Nus et culottés” était né.

Mouts et Nans, de "Nus & Culottés"

“ Depuis, nous sommes partis 23 fois pour réaliser nos rêves, toujours nus au départ, sans argent et avec nos petites caméras. Avec cette émission, on ne veut pas seulement amener les gens avec nous sur des chemins de traverse, on veut leur proposer de réveiller l’envie de vivre, l’envie de cultiver l’enthousiasme, d’aller chercher de la beauté et de l’espoir dans toute chose. Et même dans la pire “merde” au fond d’une décharge. Parce que, si on s’y penche avec un microscope, on verra que là où ça pue, il y a en fait plein de petites bactéries qui décomposent la matière pour la régénérer. Dans toute chose, je dis bien dans toute chose, même dans les plus grands drames, il y a de la vie. Bien sûr, ce n’est pas un chemin facile ; il faut travailler son karma, trouver la joie en soi... C’est du boulot et ce n’est jamais fini. Mais wouaahh, qu’est-ce que ça vaut le coup !

Rêve numéro 4 : rallier d’autres gens pour bâtir un empire

“ Mes rencontres en voyage, toutes denses et sincères qu’elles étaient, restaient cependant toujours éphémères. J’ai eu envie, à côté de “Nus & Culottés”, d’aller plus loin dans les relations humaines et dans la matière. Pour cela, je me suis dit qu’il me fallait rallier d’autres gens et bâtir un lieu de vie. C’est-à-dire un empire - une œuvre collective, désintéressée, immense, comme on ne peut pas en faire seul et comme on ne sait plus en faire dans nos sociétés. Je me suis tourné vers la vie en collectif. 

La yourte dans laquelle habitait Guillaume Mouton à Ecolectif

“ Tout est allé très vite pour ma copine de l’époque et moi. Nous avons rapidement eu un coup de cœur pour Ecolectif, un écohameau implanté sur un domaine agricole de 46 ha situé en Haute-Garonne. Une journée porte ouverte début août 2013 et un parcours d’inclusion de quatre mois nous ont menés à une intégration du projet en décembre. On a acheté une yourte d’occasion qu’on a retapée, consolidée, entourée d’une terrasse... Et tous les matins du monde, nous nous sommes réveillés en face des Pyrénées, entourés de belles âmes. 

Rêve numéro 5 : tomber amoureux de la vie en collectif

“ À Ecolectif, j’ai découvert qu’on pouvait être complètement différents et prendre des décisions sans se taper dessus. 23 adultes et 18 enfants y vivent ensemble grâce à un fonctionnement sociocratique - tours de parole, décision par consentement, élections sans candidats - et ça marche ! Et puis, je sais qu’on le dit beaucoup, mais moi je l’ai vu tous les jours pendant des années : ensemble on est vraiment beaucoup plus intelligents et malins que tout seul. Ça m’a beaucoup marqué. 

“ À Ecolectif, l’intelligence est aussi émotionnelle. Si je me laissais aller à hurler de joie ou pleurer toutes les larmes de mon corps dans ma yourte, je savais que si quelqu’un passait, il ferait preuve d’une empathie inconditionnelle. Dans beaucoup de milieux, il y a tout un tas d’émotions qu’on ne sait pas gérer : la colère est minimisée, la tristesse réprimée, les élans de gratitude et d’amour moqués. J’ai découvert autre chose et ça m’a offert une immense sécurité intérieure.

Des membres d'Ecolectif

“ Attention, je ne dis pas que c’était tout rose, c’était multicolore, comme le mouvement de la vie ! Les conditions matérielles pouvaient être pénibles ; se frotter aux autres tous les jours, difficile. Mais la vie était douce et chacun était libre. 

Rêve numéro 6 : regagner ses terres pour y fonder une oasis

“ De nombreux aléas de la vie m’ont invité à quitter Ecolectif. J’avais besoin d’une pause. À vrai dire, le temps était venu d’approfondir le travail de sculpture de moi-même commencé en voyage. Mais il me fallait un cadre stable cette fois, et celui de ma région natale, la Haute-Marne, m’a paru évident. C’est l’écosystème naturel et culturel qui m’a vu naître et m’a façonné, j’avais besoin d’y retourner pour continuer mon chemin. J’ai alors sillonné mon département en long, en large et en travers, sans argent pendant 5 semaines, appareil photo en main. Le recueil de photographies et de poésie Osons la Pause est né de ce voyage salutaire. Ainsi que l’envie de revenir y vivre afin d’apporter à ce territoire ce que je suis, avec mes singularités. 

" Pendant ce “périple local”, j’ai rencontré Léa, haut-marnaise et elle aussi en pause ressourçante sur nos terres. Ensemble, nous partageons abondamment la gratitude envers la vie qui multiplie les miracles et les cadeaux. Je dois aussi admettre qu’elle m’aide à me poser. Pour de vrai… 

" On s’est très vite rendus compte que parmi notre large panel d’envies communes : créer un collectif de vie dans le pays de Langres était un puissant rêve commun. Inspiré par Ecolectif et l’ensemble de mes voyages, avec elle et d’autres joyeux lurons, je me lance donc aujourd’hui dans la création d’une oasis de vie où s’enraciner pour donner corps aux valeurs qui nous sont chères !

Rêve numéro 7 : en cours de réalisation...

“ Or pour construire cet écolieu, nous sommes entrés en lien avec plein de projets inspirants, comme le Centre Amma, la ferme du Pessis. Léa m’a dit un jour : “Et si on les filmait, tous ces endroits qu’on traverse pour s’inspirer ?”. Nous sommes donc aussi en train de monter un nouveau film, qui n’aura rien à voir avec “Nus & Culottés” cette fois, exclusivement dédié aux oasis. Partout en France, des gens comme nous créent des lieux extraordinaires. Et on a bien l’intention que ça se sache !”

Mouts et Léa

POUR ALLER PLUS LOIN

À lire

À voir

La dernière saison de “Nus & Culottés” sur France 5

À suivre

Ajouter un commentaire