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Jean-Michel Lerouge : Le Chant des colibris, côté nuit

par Gabrielle Paoli / Colibris - 29 juin 2017

                                                                                                © Fanny Dion

Pendant deux mois et demi, Jean-Michel Lerouge a permis aux artistes de jouer pour la tournée du Chant des colibris en assurant la logistique des concerts. Ingénieur du son, régisseur général, apiculteur, bidouilleur de vélos et père de famille, ce Rennais de 43 ans a plusieurs casquettes, et les porte toutes avec passion. Portrait de l’artisan d’une tournée très particulière...

- Tu es technicien dans le spectacle depuis tes vingt ans… Pourquoi et comment on en arrive là ?

C’est en voyant un punk distribuer les guitares sur scène à un concert des Pixies que j’ai pour la première fois pensé à faire ce boulot... Pour qu’un type puisse le faire avec une crête c’était forcément un métier cool ! Peu de temps après, en 1996, on m’a proposé un peu par hasard de partir en tournée du jour au lendemain. J’avais 22 ans et c’était la tournée de Mylène Farmer. J’ai jamais arrêté depuis. 

J’adore mon métier. C’est simple, mon rôle est d’organiser la mise en place d’un concert et son bon déroulement le jour J. Être le maître d’hôtel, être au service du public et des artistes, pour qu’ils se sentent libérés sur scène - ça me correspond bien. Et puis, c’est magique, le monde du spectacle… Surtout ce petit moment, juste avant le début d’un concert. Tout est en place, l’agitation en coulisse s’arrête et on attend le noir salle ; cet instant en suspens, pendant lequel on ne sait pas encore où la musique va tous nous mener, je le ressens avec la même intensité à chaque fois. 

- Avait-elle quelque chose de particulier cette tournée, par rapport à celles que tu as pu faire jusque-là ?

Ah ça, oui ! Deux éléments majeurs ont fait de cette tournée un événement exceptionnel et… un défi immense. 

La première c’est le nombre d’artistes. Normalement, une tournée implique d’avoir une seule équipe et de gérer un seul chanteur. Pour le Chant des Colibris, nous avons dû accompagner plus de 30 artistes, avec une moyenne  de 12 par soir sur scène ! Vous imaginez la complexité.

Le deuxième point, c’est le budget. Cette tournée s’est faite avec très, très peu de moyens. Au début c’était une contrainte pesante. Mais comme souvent, cet impératif s’est transformé en moteur fabuleux. Il a fallu sans cesse inventer des solutions inédites pour faire des économies ; ça a révélé une vraie entr’aide et une grande ingéniosité. J’ai fait jouer mon réseau et les copains qui travaillaient sur différentes tournées et productions m’ont beaucoup aidé. Merci à eux.

- Et une tournée écologique ça existe ? Ca a été le cas pour Le Chant des colibris ?

Vous savez, ça fait déjà un petit moment que je suis attentif à diminuer au maximum l’impact environnemental néfaste des spectacles que j’organise. Les piles des micros par exemple. Pendant longtemps, on utilisait des piles jetables. Comme on ne pouvait pas prendre le risque de commencer un concert avec une pile déjà entamée, on se retrouvait avec des fûts entiers remplis de piles à moitié usagées. On a mis du temps à trouver des piles rechargeables fiables, mais au prix de quelques ratés, on a fini par trouver un système fiable et économe. Idem pour les éclairages, nous sommes, depuis quelques temps, passé aux LEDs… 

Je travaille dans un milieu énergivore, dans lequel il y a beaucoup de progrès à faire. Mais en toute honnêteté, les pratiques plus écologiques se répandent de plus en plus. 

- Tu partages les valeurs écologiques et humanistes qui sont celles de Colibris. Est-ce que tu parviens à les mettre en oeuvre dans ton quotidien ?

Oh oui ! Nous faisons plein de choses déjà, et depuis des années ! Le compost avec nos 5 ou 6 voisins par exemple, nous avons d’ailleurs fait un apéro la semaine dernière pour le retourner. Je suis aussi apiculteur, depuis 7 ans ; avec mon beau-frère, nous avons une petite vingtaine de ruches et nous faisons notre miel en plus de notre potager bien garni. Je fais et fabrique des vélos cargo aussi. Je n’ai pas non plus attendu un “permis de végétaliser” pour fleurir le pied des arbres dans ma rue. Le défi le plus grand aujourd’hui pour moi, c’est d’embarquer les copains et les voisins et leur donner envie d’agir à leur tour….

© Fanny Dion

Le Chant des colibris en quatre questions

- La chanson qui t'a trotté dans la tête pendant toute la tournée ?

Il y en a eu plein ! S’il fallait en choisir une, ça serait "Colibris" de Gael Faure. “T’as pas voulu vendre la terre” : tout un symbole, vendre la terre...

- La bière de la tournée la plus savoureuse ?

Ca me fait rire, parce que j’ai jamais eu le temps d’en boire une seule ! Et pourtant, étant breton, ça ne me rebute pas, loin de là !

- Ce que tu referais autrement ?

Je mettrais beaucoup plus de ressources humaines et techniques. Même si on y a mis tout notre coeur, c’était trop éprouvant, physiquement et mentalement. Nous avons porté à quelques-uns une tournée colossale, avec Enora Leroux notamment, qui a fait un travail de fou. J’aimerais aussi remercier les garçons qui ont permis que ce spectacle existe tel quel : Yoan Corchia, Pedro Pasquet, Yoan Roujanski, Samuel Pineau et Manu Vigourous. Sans eux, leur talent et leur patience, on n’aurait jamais fait ce show. Imaginez 6 heures de balances et 4 heures de spectacle ; il fallait les meilleurs.

- Le meilleur moment que tu as vécu ?

Deux souvenirs m’ont marqués, au-delà des morceaux chargés en émotion fantastique. 

D’abord, les images des chanteuses mamans avec leurs enfants en coulisse. Certains artistes sont en effet venus avec leurs familles, ce qui a donné à la tournée un caractère familial, comme une grande caravane, un grand cirque, avec beaucoup de chaleur. 

Mon deuxième moment, ça serait Nantes : un concert hors du commun de par sa longueur, le nombre d’artistes et les duos qui se sont improvisés au dernier moment. La fête qu’on a faite tous ensemble après, ça a été un moment de joie et de folie inoubliable.


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