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Un bistrot pas comme les autres #4

Vivre et faire-vivre un café-épicerie, un défi économique


Au petit matin, dans le village de Locmélar, à l’entrée des Monts d’Arrée dans le Finistère, une maison aux volets bleus s’étire et se réveille. Ça s’agite à l’intérieur, ça rigole et ça bosse. S’échappent des bonnes odeurs de pain grillé et de café… Bienvenue au Mélar Dit - un bistrot et pas que.

Cette aventure collective, montée en entreprise coopérative (SCIC) et portée par Margot et Florian, a pour volonté de créer un café-épicerie, un lieu de spectacles et d’ateliers, un endroit de rencontres et de services. En juin 2019, il ouvrira ses portes et l’on pourra ainsi y boire un verre, acheter du pain, écouter un concert, apprendre l’accordéon, enseigner la couture, se reposer, lire, ou encore retrouver des amis et amies...


Monter un café-épicerie dans une petite commune, c’est une belle intention. Mais comment cela fonctionne-t-il économiquement ? Nombreux sont les petits commerces à avoir mis la clé sous la porte en zone rurale. Un nouveau modèle économique est ainsi à inventer et expérimenter si nous voulons revoir germer ce type d’activités, et assurer leur pérennité. Nous ne sommes pas encore ouverts, et ne savons pas si nous tiendrons le pari. Néanmoins nous avons d’ores et déjà réfléchi et posé des premiers éléments du fonctionnement économique du lieu.

De la sobriété dans le modèle économique : charges et investissement de départ 

La réduction de nos charges

Une première donnée est à prendre en compte : ce projet ne génèrera pas de grandes recettes. C’est une création, la fréquentation ne sera jamais très importante, et les marges sur les produits vendus resteront modestes. Aussi, son équilibre économique tient donc d’abord dans ce premier point : la réduction de nos charges. Nous avons ainsi négocié en premier lieu un loyer réduit avec la municipalité, propriétaire des murs : 3000 €/an. Nous avons également travaillé collectivement afin que la rénovation énergétique du bâtiment soit la plus performante possible. Cela implique un surcoût au départ, mais la municipalité a sollicité et obtenu des aides dans ce sens. Aujourd’hui, nous estimons à 1500 €/an nos besoin en électricité et en bois pour le poêle.

Quels investissements de départ ?

Un certain nombre de dépenses est nécessaire au lancement d’une telle activité. Ces dépenses ne sont pas à sous-évaluer pour que le café-épicerie puisse tourner convenablement, ni à sur-évaluer pour ne pas avoir à rembourser de dettes importantes. Pour lancer notre affaire, nous évaluons l’ensemble de nos investissements de départ à 54 000 euros (fourchette haute). Cela comprend notamment : les frais de création de la société, les formations obligatoires, la licence IV, l’aménagement intérieur, le mobilier, l’équipement spécifique, la communication, le premier stock et la trésorerie de départ. Certains investissements sont difficilement compressibles, mais d’autres peuvent varier de manière importante en fonction des choix faits. C’est le cas notamment de l’équipement, qui dans ce genre de projet peut très vite grimper en terme de prix. Dans notre cas, le local que nous louons est entièrement nu. Tout est à aménager. Cela implique des centaines de décision à prendre ! De quoi avons nous réellement besoin ? Qu’est ce qu’on achète neuf ou d’occasion, qu’est ce qu’on récupère, qu’est qu’on fabrique nous-même, qu’est ce qu’on nous donne ? 


Le projet en chiffres

- Réhabilitation et mise aux normes de l’ancienne maison paroissiale (pris en charge par la municipalité, et subventionnée à hauteur de 75 %) : 254 000€

- Chiffre d’affaire estimé de la première année : 82 000€

- Investissement global de départ : 54 000€

Avoir du temps

Entre la définition de notre projet et sa concrétisation, il se sera écoulé près de 3 ans. Cela peut paraître long, tellement long ! Mais aujourd’hui à 2 mois de l’ouverture, je me rends compte à quel point ce temps a été précieux, notamment pour la mise sur pied de notre fonctionnement économique. Penser, et agir dans la précipitation peut coûter cher !

Un travail sur ses propres besoins

Une autre solution pour réduire les dépenses, c’est de réfléchir aux « charges » de personnels, c’est-à-dire nos salaires ! Afin d’avoir de la souplesse dans notre première année d’activité, nous faisons le choix de nous verser un seul salaire pour deux, avec la projection de pouvoir passer à deux salaires d’ici trois ans. Cette solution est possible puisque nous vivons en couple et que nous mutualisons une partie de nos dépenses.

Cela nous a aussi conduit à mener une réflexion approfondie sur ce dont nous avons réellement besoin en terme d’argent pour vivre de manière épanouie. Nous avons eu des échanges sur ce que nous pouvions aussi récupérer, troquer, et produire par nous-même, ainsi que sur la place que nous souhaitions donner au travail rémunéré dans nos vies. Vaste sujet qui nécessiterait bien plus qu’un billet ici ! 


Diversité et complémentarité dans les financements,  et les activités proposées

Diversifier ses sources de financements

Afin de financer notre investissement de départ, nous misons sur une pluralité d’acteurs. Cette diversité dans nos sources de financements offre l’avantage de ne pas dépendre d’un ou deux gros financeurs (en général les banques), mais il nécessite du temps pour contacter et réunir ces financeurs d’horizons différents. Nous souhaitons par ce biais trouver un équilibre entre apports personnels, financement bancaire, et financements citoyens. Parmi nos financeurs nous retrouvons donc : des habitants et autres personnes soutenant notre projet (sous forme de prise de parts dans le capital de la coopérative, de prêts, ou de dons), des Clubs Cigales, la Mairie de Locmélar, la NEF, et un apport personnel de Margot et moi-même.

S’affranchir de la logique marchande, et être cohérent dans ses choix économiques

Nous faisons également le choix de ne pas candidater à des « prix » privés. D’abord parce que nous refusons de rentrer dans ce système de compétition et de récompenses, qui est omniprésent dans notre modèle économique actuel. Et aussi, parce que nous refusons de recevoir de l’argent de la part de certains partenaires de ces prix que nous jugeons opposés aux valeurs de notre projet. C’est un choix parfois difficile, mais nous sommes convaincu que nos valeurs doivent aussi se retrouver dans notre modèle économique.


Bien choisir son accompagnement

Se faire accompagner oui, mais bien définir par qui ! Un accompagnateur ne propose pas qu’une méthode et des outils, il incite à monter le projet selon sa vision politique de l’économie. De notre côté, nous avions de l’expérience en montage de projet, et avons ainsi fait le choix de nous appuyer sur l’URSCOP et l’ADESS du pays de Morlaix sur des points techniques (création de la SCIC et construction du budget). En tout, nous avons consacré un peu plus de 1000 euros pour de l’accompagnement, essentiellement dédié à la création de la SCIC. Cela vaut franchement le coup quand on ne maîtrise vraiment pas un sujet. Et pour l’essentiel, nous nous sommes fait accompagner « par nos pairs », autrement dit par des cafés-épiceries proches de ce que nous voulions faire. Pour nous, cela a été le meilleur apprentissage et accompagnement que nous pouvions recevoir. Et nous sommes heureux de transmettre à notre tour !

Avoir des activités complémentaires et interdépendantes

Enfin pour ce qui est des recettes, nous misons sur une diversité et une complémentarité de nos activités. Un des enjeux premiers pour nous en terme de viabilité économique est la fréquentation du lieu. Le monde attire le monde. L’activité engendre de l’activité. Aussi nous espérons faire venir à nous différentes personnes et types de public en proposant des activités variées : café, épicerie, petite restauration, évènements, mais aussi salle d’activités et de réunion. Un peu comme sur le modèle de la permaculture, l’idée est que chaque activité puisse être utile à une autre, tout en s’appuyant sur les autres pour se développer. Voilà pour la théorie, maintenant nous verrons ce que nous révèlera la pratique. 

Nous sommes déjà à la fin du mois d’avril, le Melar Dit ouvre ses portes très prochainement... À bientôt donc, pour la dernière ligne droite !

Florian


En savoir +

- Le site du Mélar-Dit

- Le Mélar-Dit sur la Fabrique des colibris. Vous pouvez aider Florian et Margot dans leur financement participatif, ou leur trouver des tables de bistrot extérieures et de grands tableaux ardoise !

- Leur page Facebook

Commentaires

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Bravo pour votre initiative, votre tenacité et bon courage pour la suite. C'est un peu loin de Lorient pour un apéro de fin de journée, mais on ne sait jamais^^

Bravo d'avoir eu le courage de monter ce projet ! J'espère que vous continuerez à nous tenir informés de son évolution... et de son succès !

Bonjour,

Je suis associée d'un projet du même type à Augan dans le Morbihan "le Champ Commun". Connaissez-vous ce lieu ? Peut-être pourriez vous prendre contact avec eux pour un partage d'expérience.
Cordialement. C Pujol