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Entretien avec l’économiste Gaël Giraud

Repenser notre modèle de développement pour revenir à l’essentiel


Gaël Giraud est l’ancien économiste en chef de l'Agence Française de Développement, une banque publique à but non lucratif pour financer des projets de développement dans les pays du Sud. Il est aussi directeur de recherche au CNRS en économie, fondateur de la chaire énergie et prospérité (l’ENS, Ecole Polytechnique et ENSAE), professeur à l’École nationale des Ponts Paris Tech’, et enfin prêtre jésuite.



Les craintes que nous avions se confirment : cette terrible pandémie va bouleverser brutalement notre modèle économique et social. Avec le risque d’ouvrir une longue période d’austérité, comme le souligne Gaël Giraud. Alors, comment les citoyens peuvent-ils faire de cette crise une opportunité pour changer la trajectoire de notre modèle de développement et de consommation ? Comment passer  d’une décroissance subie à une décroissance choisie et accompagnée ? À ces questions qui s’imposeront à tous, notre invité nous propose une méthode : revenir à l’essentiel de nos besoins et remettre les relations humaines au cœur des politiques de transformation.

Propos recueillis par Vincent Tardieu / Colibris

Podcast : l’entretien complet (52min)


Podcast : l'entretien en 14 questions

– Vincent Tardieu : Après de longues tractations, les gouvernements de l’Union européenne ont fini par débloquer un crédit de 500 milliards d’euros pour les entreprises et la prise en charge partielle du chômage partiel dans les pays de l’Union : ces décisions européennes vont-elles dans le bon sens ?



– V.T. : Ces injections de milliards d’euros creusent la dette des États, déjà très lourde. La France prévoit un déficit de 7,6 % et une dette à hauteur de 112 % du PIB en 2020. Tout le monde s’interroge sur qui va payer l’addition… Le scénario le plus probable est-il celui d’une cure d’austérité dans les mois et les prochaines années ? 


– V.T. : Vous appelez, avec d’autres économistes et politiques, à faire de cette crise sanitaire une opportunité pour changer de trajectoire économique et sociale : quelle sont les mesures clés à prendre pour installer ce changement de trajectoire ?


– V.T. : Tout plaide dans cette crise, il nous semble, pour revenir vers l’essentiel. Vers une économie qui satisfasse les besoins de vie essentiels des populations. En tant qu’économiste mais aussi comme prêtre jésuite, comment définiriez-vous ces besoins essentiels ?


– V.T. :  « La faim est la faim, écrivait Karl Marx en 1859, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mangée avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents ». Cette image nous montre qu’il reste à élaborer une grille d’analyse permettant de différencier les besoins essentiels de ceux qui sont dispensables. Au-delà de manger, se soigner, s’éclairer, se loger ou se chauffer, d’autres besoins ont été créés par notre civilisation au fil du temps, comme l’éducation et la culture, la mobilité ou, aujourd’hui, les communications à distance (téléphonie et outils numériques) : sont-ils nécessaires ou dispensables aux hommes pour bien vivre ? 


— V.T. : Pensez-vous que les citoyens français sont prêts à cette métamorphose de leurs modes de vie et de consommation vers plus de sobriété ?


– V.T. : Comment peut-on conjuguer la satisfaction des besoins immédiats,  retrouver du boulot en sortant du déconfinement, et l’exigence de décroissance à moyen terme ?


– V.T. : L’instauration d’un revenu universel, que réclament de tester aujourd’hui 19 présidents de département socialistes, est-elle une partie de la solution ?


– V.T. : Peut-on satisfaire tous nos besoins « essentiels » sans nuire indirectement à d’autres, dans les pays plus pauvres qui n’auraient pas accès à la satisfaction des mêmes besoins ? 


– V.T. : La satisfaction de nos besoins « essentiels » peut continuer aussi à menacer des milliers d’espèces animales et végétales : comment l’éviter ?


– VT - Tous ces besoins essentiels deviennent-ils des communs ? Et doivent-ils devenir gratuits ? 


– V.T. : Est-ce que les relations d’équivalence dont vous parlez nous permettent d’échapper aux dépendances des citoyens vis à vis des aides publiques, pour devenir des êtres qui reçoivent à certains moment et qui donnent à d’autres ? Et comment l’État peut-il faciliter la mise en œuvre de ces relations d’équivalence ?


– V.T. : Pour faire vivre les communs, l’État est nécessaire, nous en sommes d’accord. Mais ne pensez-vous pas que la démocratie contributive par les citoyens l’est tout autant ? Qu’il faille redonner des pouvoirs réels aux citoyens et aux collectivités dans les bassins de vie, afin de remettre ceux-ci au cœur du changement ? 


En savoir +

- Illusion financière, par Gaël Giraud (L'Atelier, 2014)

- Vingt Propositions pour réformer le capitalisme, par Gaël Giraud et Cécile Renouard (Flammarion, 2009)

- Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, par Corinne Morel Darleux (Libertalia, 2019)

- Décroissance, ici et maintenant !, par Fabrice Flipo (Le passager clandestin, 2017)

Commentaires

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De très bonnes idées, notamment sur le plan économique
2 bémols : 1/ économiquement Gaël Giraud semble croire au revenu de base "de gauche" (genre Macron ?) 2/ sur le plan sanitaire, il semble encore croire à la pandémie et à la contagion de ce "méchant" virus, donc à l'efficacité d'un vaccin pour en être définitivement débarrassé. Etonnant, pour un homme qui semble si bien informé, de tomber dans le piège de la propagande et d'être aussi léger sur ce point crucial. Voir les messages de Tal Schaller par exemple (notamment "L'organisation mondiale de la manipulation")
Dommage qu'au milieu de tant d'informations plutôt sensées (même si elles peuvent être discutables) que ce monsieur glisse une contre information, sur un sujet que de toute évidence il ne connait pas).
Cordialement
Jfb

Bonjour. J'ai du mal à comprendre vos deux critiques sur les propos de G. Giraud. D'abord sur le revenu universel ou de base, il prône précisément une approche plus globale que la simple addition des aides sociales actuelles (vision de "droite")... Quant à la pandémie de Covid-19 et à l'espoir de trouver contre elle un ou des vaccins, à moins de penser qu'il s'agit d'un agent pathogène créé de toute pièce par quelques scientifiques nuisibles contre l'humanité ou une opération du Saint Esprit qui rend soudainement celle-ci malade, ce que ni lui ni moi n'imaginons, je ne vois rien de critiquable dans ses propos...