Les conflits explosent dans un monde en extrême tension, qui affecte fortement les associations déjà soumises au désengagement de l’État, à la baisse des subventions et à l’injonction d’être apolitique.
Face aux crises, des associations sous tension
Conflits, pauvreté, fragmentation sociale, montée des discours de haine sur la scène politique, médiatique et les réseaux sociaux créent un monde en extrême tension. Un contexte qui affecte fortement les associations déjà soumises au désengagement de l’État, à la baisse des subventions et à l’injonction d’être apolitique. Une situation source de conflits.
Les associations évoluent dans un environnement marqué par la pauvreté croissante, les inégalités sociales, et une stigmatisation des différences souvent instrumentalisée pour détourner l’attention des problèmes systémiques. L’éco-anxiété, nourrie par la disparition des espèces et les catastrophes climatiques, s’ajoute à une saturation médiatique d’images de guerres et de discours apocalyptiques.
Parallèlement, notamment depuis l’épidémie de Covid, nous subissons une accélération de la fragmentation sociale (télétravail, perte des espaces communs). Cette fragmentation est amplifiée par la radicalisation des discours avec des médias de droite et d’extrême droite de Bolloré ou Stérin qui contribuent à polariser la société. Un phénomène encore accru par les réseaux sociaux qui favorisent le pire des fake-news et des images dramatiques dans les algorithmes. Des réseaux contrôlés par des milliardaires techno-fascistes qui créent des bulles de filtres, d’un entre-soi, qui aussi exacerbent les clivages et la saturation émotionnelle. Tous ces facteurs rendent le travail associatif encore plus essentiel — mais aussi plus difficile.
Une période de turbulences sans précédent
Dans ce contexte, le secteur associatif, pilier de la solidarité et de l’innovation sociale, traverse une période de turbulence sans précédent. Depuis plusieurs années, les associations subissent une pression financière croissante, marquée par la baisse des subventions publiques, la marchandisation de leurs activités, qui les met en concurrence entre elles, et une exclusion progressive du champ politique. Ces tensions externes génèrent des conflits internes, mettant à l’épreuve la cohésion et les valeurs mêmes de ces structures engagées.
Avec 1,5 million de salarié·es et 13 millions de bénévoles, les associations couvrent des domaines aussi variés que l’aide sociale, la culture, l’écologie, la santé, l’éducation, le grand âge ou le sport. Pourtant, leur modèle, historiquement soutenu par des financements publics, est aujourd’hui fragilisé. Selon une enquête du Mouvement associatif, un tiers des associations disposent de moins de trois mois de trésorerie, et 70 % des structures employeuses estiment leurs fonds propres « fragiles » ou « nuls ». Les licenciements économiques et le non-remplacement des départs ont été évalués à plus de 12 000 pertes d'emplois au court de la dernière année, un plan social silencieux.
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Baisse des subvention et merchandisation
La baisse continue des subventions est un phénomène de long terme. Entre 2005 et 2020, leur part dans le budget des associations a chuté de 41 %, tandis que celle de la commande publique – soumise à mise en concurrence – a augmenté de 70 %. Cette évolution reflète une logique de marché qui s’impose progressivement au secteur associatif, réduisant leur autonomie et leur capacité à innover. Les associations ne sont plus des actrices de l’intérêt général, mais des prestataires de services, contrainte de répondre à des appels d’offres et de justifier chaque euro dépensé.
Pour la seule année 2025, l’État a réduit de 40 % ses financements au secteur associatif, et 25 % des économies budgétaires ont été réalisées à leurs dépens. Les retards de paiement, liés à l’adoption tardive du budget, aggravent encore la situation. Comme le résume Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif : « Les associations sont les victimes collatérales de la situation budgétaire actuelle. »
« Les associations sont les victimes collatérales de la situation budgétaire actuelle. »
Pour compenser la baisse des subventions, certaines associations se tournent vers des modèles économiques hybrides, combinant subventions, dons et activités lucrative. Mais cette marchandisation pose question : comment concilier mission sociale et rentabilité économique ? Comme l’explique Moussa Zidour, directeur du CLAP Sud-Ouest : « On nous demande désormais de dégager des bénéfices pour rembourser nos dettes, mais avec nos publics, c’est un vrai défi. »
Cette tension entre logique de service public et impératifs financiers crée des divergences internes : faut-il privilégier la survie économique ou la fidélité aux valeurs fondatrices ?
L’exclusion du champ politique
Le rétrécissement de l’espace civique est une autre menace majeure. Depuis 2021, la loi confortant le respect des principes républicains impose aux associations de signer un Contrat d’Engagement Républicain (CER) pour accéder aux subventions. Ce dispositif, censé lutter contre les dérives, est perçu par beaucoup comme un outil de contrôle politique. Comme le souligne Julien Talpin, chercheur en sciences sociales au CNRS: « La question sous-jacente est celle du rôle des associations : doivent-elles être des actrices de la démocratie ou se cantonner à un rôle d’auxiliaires du service public ? »
Les dissolutions d’associations se multiplient : un tiers des 155 dissolutions prononcées depuis 1936 l’ont été ces six dernières années, touchant certes des groupes d’extrême droite violents, mais aussi des collectifs écologistes ou antiracistes. Une association sur dix déclare avoir subi des sanctions (suppression de subventions, refus de locaux) pour des prises de position jugées trop engagées. Une sur quatre s’autocensure pour éviter ces risques.
Des conflits internes inévitables
Dans ce contexte, les tensions au sein des associations sont inévitables. Plusieurs sources de conflits émergent. D’abord sur les priorités stratégiques. Faut-il recentrer les activités sur des missions « rentables » ou maintenir des engagements moins rentables mais essentiels ? Ensuite en matière de gouvernance : Comment concilier l’autonomie des équipes locales avec les impératifs de coordination nationale ? Avec un impact direct sur les ressources humaines. Les licenciements et le non-remplacement des départs créent des inégalités de charge de travail et des frustrations parmi les salarié·es restants. Enfin dans une opposition, un conflit entre valeurs et pragmatisme. Certaines associations acceptent des partenariats avec des entreprises ou des collectivités aux positions controversées, éloignées de leurs valeurs, au risque de perdre leur crédibilité militante.
Ces conditions créent des conflits systémiques, qui génèrent des conflits organisationnel,s interpersonnels et interpersonnels. On retrouve là les 4 dimensions du conflit.
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