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Jeunesses eurocéaniques #6

Les kiwis sont-ils vraiment écolos ?


Itchy Feat est un média Web alimenté par des étudiants en journalisme : Léopold, Justine et Justine. En ce début de XXIème siècle, la crise écologique bouleverse notre manière d’appréhender le monde, et les jeunes sont en première ligne. Le projet consiste à établir un dialogue avec les jeunesses du Pacifique, région excentrée et soumise à des problématiques environnementales particulières, afin de découvrir leurs aspirations pour le monde de demain.


Nous sommes arrivés en Nouvelle-Zélande mi-mars 2019, à l‘occasion de la grève mondiale pour le climat. Quelques jours plus tard, nous prenions la route pour parcourir la Nouvelle-Zélande de l’île du Nord à l’île du Sud. Nous étions optimistes : le pays des kiwis est réputé pour sa fibre environnementale, les initiatives ne devaient pas manquer. Pourtant, notre long séjour nous a fait relativiser l’image écolo-friendly que la Nouvelle-Zélande peut avoir à l’international.

On ne nous fera pas dire ce que l’on n’a pas dit : il existe une conscience écologique en Nouvelle-Zélande. 

Les locaux sont attachés à leurs terres, et de nombreux espaces protégés et parcs nationaux sont gérés par le Department of Conservation. Les touristes sont fortement sensibilisés et incités à adopter des comportements soutenables, et cela se voit. Certaines zones restent sauvages avec des paysages incroyables. 

Le Lake Marian fait partie des paysages phares du Fiordland national park

Nous avons également vu des initiatives se développer au niveau local, comme à Wellington, où des quartiers entiers gèrent leurs déchets de manière plus durable, notamment par le biais de composts collaboratifs. Cependant, nous nous attendions à plus. Nous nous sommes penchés sur des initiatives avec beaucoup d’espoir, pour finalement relativiser fortement leur impact. 

L’énergie du sol comme levier touristique

Près de Rotorua, on a découvert l’usage de la géothermie à des fins écologique et économique. En effet, les habitants du village maori de Whakawerawera utilisent l'énergie qui émane de la terre pour subvenir à leurs besoins quotidiens et ne paient pas pour la prélever. Des sources, certaines à plus de 200°, jaillissent du sol. Les vapeurs sont utilisées pour la cuisine, le chauffage et les bassins pour le bain.

Le village Whakawerawera est situé près de Rotorua, sur l’île du Nord

Cette façon d'exploiter l'énergie géothermique n'a cependant pour l'instant pas vocation à se développer dans la région de l'île du Nord. Une des habitantes nous explique ainsi que la surexploitation des sources chaudes par les spas privés de certains habitants et hôtels a déjà failli tarir la source. La solution a été de réduire drastiquement l’accès aux sources, à grand renfort de béton, pour empêcher l'accès aux habitants non-maoris et des hôtels. Les sources ont ainsi pu retrouver un débit normal, et les maoris leur mode de vie fondé sur la géothermie. 

“Bannir” le plastique... dans la limite du prix

Vers Christchurch, un supermarché a fait le buzz dans les médias français il y a quelques semaines : il aurait banni le plastique de son magasin. Une ambition respectable qui nous a poussés à rencontrer le propriétaire du supermarché, Nigel Bond. Notre découverte du magasin nous a laissés perplexes...

 Le principal changement anti-plastique du magasin est un mur végétal où les légumes sont régulièrement arrosés. 

Si un mur végétal trône fièrement dans le rayon, disposant fruits et légumes à l’état brut, le plastique reste malgré tout très largement présent au sein du magasin. Sur-emballage des produits et sacs plastiques à usage unique continuent de peupler le décor de ce supermarché. Le propriétaire s’en excuse. La raison d’une présence si accrue de plastique dans ses rayons, et ce malgré le projet zéro plastique “Food In the Nude” dont il est à l’origine, reste la logique de prix qui régit la grande distribution. Les emballages durables ont un coût bien plus élevé que les emballages plastique et le transport de produits à nu reste encore trop contraignant pour forcer les producteurs et les fournisseurs à modifier leur mode de fonctionnement. 

Selon lui, c’est toute la chaîne de production qui est à repenser, du producteur au consommateur. Il n’en est qu’un intermédiaire qui ne peut pour l’instant se permettre revendre son kilo d’oranges plus cher parce qu’emballé plus écologiquement. 

Au supermarché de Nigel Bond, le plastique reste présent.

Le supermarché sans plastique ne l’était donc pas tant que ça, mais nous avons été agréablement surpris de voir qu’un acteur local tel qu'un patron de magasin avait réussi à changer en partie une grande chaîne de supermarchés. Depuis le lancement du projet, Nigel a en effet obtenu de la marque New World que l’ensemble des nouveaux magasins en construction se plie aux installations “zéro plastique”. Difficile pour nous d’imaginer ça chez Carrefour ou Leclerc !

Un ministre de l’inaction climatique ?

Après ce lot de petites déceptions, on a eu envie de rencontrer le ministre du Changement climatique pour discuter de tout cela avec lui. On voulait aussi comprendre pourquoi il existe deux ministres liés à l’environnement dont un dédié spécifiquement au changement climatique. Après quelques clics, on a réussi à obtenir un rendez-vous avec James Shaw, ministre du Changement climatique. Malheureusement, le cabinet a annulé le matin même pour un dossier urgent. Dommage, parce que son attachement à l’économie mondialisée et son mode de vie à deux cent à l’heure qui le rendait plus gourmand en trajets d’avions que la Première Ministre Jacinda Ardern, nous intriguaient...

Rencontre avec une chercheuse engagée

À Wellington, capitale du pays, nous avons rencontré Amanda Thomas, une jeune professeure en études environnementales à l’Université Victoria. Elle a fait de nombreuses recherches, notamment sur la gestion de l’eau et l’impact du changement climatique sur les communautés. 

La conversation que nous avons eu avec Amanda a confirmé nos doutes : le "greenwashing", l’utilisation d’arguments écologiques à des fins marketing -  néo-zélandais existe bel et bien. 

Amanda Thomas est professeure en études environnementale à Wellington

Pour elle, l’image verte de la Nouvelle-Zélande sert avant tout à alimenter le tourisme écolo. Le pays semble capitaliser sur la promotion de son capital naturel sauvage -la vidéo de bienvenue à notre arrivée à l’aéroport nous vendait de vastes contrées luxuriantes et intactes !-, mais notre temps sur la route nous a aussi montré nombre de rivières asséchées par l’industrie, des montagnes aux forêts arrachées et des glaciers presque entièrement fondus. Un rapport sorti ce mois-ci souligne que sur le plan environnemental, tout reste à faire. La pollution des sols, de l’eau, la biodiversité, l’énergie… rien ne va. Pourtant, la taille limitée du pays pourrait permettre à la Nouvelle-Zélande d'être une pionnière dans la transition énergétique et écologique. 

Féminisme et environnement, une convergence des luttes

Amanda nous a permis d'approfondir l’écoféminisme, un concept d’actualité mais dont l’objet reste souvent un peu flou. Elle nous a expliqué qu’il existait pour ce courant une convergence des luttes entre le féminisme et l’écologie, parce que toutes deux étaient vecteurs d’inégalités.

En effet, la voie vers une société plus durable semble de plus en plus devoir passer par un retour à la production locale… Mais le risque existe, de voir l’émancipation des femmes freinée par un retour de l'inégalité dans ce travail local, par exemple par une surreprésentation des femmes dans le potager du quartier. Pour elle, la question du genre et des inégalités qu’un changement pourrait provoquer, devrait toujours être dans un coin de la tête des écologistes. 

La grève pour le climat était pour les jeunes féministes l’occasion de prendre la parole sur l’écologie

Ces sept semaines dans le pays du long nuage blanc sont passées très vite. Mais il est temps maintenant de rejoindre la dernière grande étape de notre périple : la Nouvelle-Calédonie. Dans un contexte de post référendum pour l’indépendance de l’île (octobre 2018) et d’élections territoriales, les découvertes et rencontres s’annoncent enrichissantes. Avec deux mois complets sur place, et une île plus petite que la Tasmanie, nous aurons sans doute beaucoup plus de facilité pour trouver davantage d’initiatives locales et nouer des relations plus éclairées avec les jeunesses engagées du Caillou.

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