Face à un épisode de canicule sans précédent et dévastateur, les avertissements n’ont pas manqué, les solutions existent, mais le politique tarde à prendre les bonnes décisions.
La canicule : un enjeu politique
Depuis 18 ans, Colibris dénonce l’incendie qui se propage, détruisant la planète et l’ensemble du vivant, animal, végétal, humain. Nous faisons aujourd’hui face à un épisode de canicule sans précédent et dévastateur. Les avertissements n’ont pas manqué, les solutions existent, mais le politique tarde à prendre les bonnes décisions.
Mercredi 24 juin 2026 : avec plus de 30 degrés de température moyenne sur 24h dans l’Hexagone et la Corse, Météo France a indiqué qu’il n’y avait pas eu de journée aussi chaude enregistrée depuis le début des relevés, en 1947.
C’est une rupture.
Pendant presque 10 jours, la France a subi une vague de chaleur qui a écrasé ses habitant·es sous des températures dépassant les 40°C à certains endroits, des dizaines de départements ont été placés en vigilance rouge ou orange. Nombre d’entre nous ont subi cette canicule ou ses effets (rafales de vent, orages violents, grêle...), même les plus jeunes et en bonne santé. Mais bien-sûr, comme face à chaque catastrophe climatique, les plus vulnérables et les plus précaires (personnes malades, âgées, sans abris) ont été davantage affecté·es. Nous pensons notamment à celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de travailler dans un bureau climatisé ou doivent vivre dans des bouilloires thermiques.
Le bilan est très lourd et c’est un désastre écologique. Selon des données INSEE nous assistons à surmortalité de 2 000 décès pour le seul mois de juin. Urgences bondées avec des cas d’hyperthermie sévère, crises cardiaques, anxiété, troubles dépressifs et psychotiques en hausse, écoles fermées.
Le vivant non-humain n’est pas épargné. Une hécatombe est en cours dans certains élevages de l’agro-industrie, des syndicats paysans évoquent la mort d’un million de poulets d’élevage, et la faune et la flore sauvage sont en tension… La chaleur nous a surpris·es par sa puissance et les dégâts matériels et structurels qu’elle a causés, sans parler de ceux sur nos corps et nos esprits.
Un désastre écologique
Preuve de l’urgence, même le monde économique s’inquiète. Selon les estimations de l'assureur Allianz Trade, cité par un article de franceinfo, « les épisodes de chaleur pourraient coûter plus de 200 milliards d'euros à l'économie française d'ici à 2030. »
La France n’est d’ailleurs pas le seul pays à souffrir, l’Europe suffoque également : Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne, Suisse…
« D’ici à dimanche 28 juin, environ 400 millions de personnes sur le continent devraient subir des températures avoisinant les 32 °C. Parmi elles, environ 115 millions pourraient même connaître des températures supérieures à 38 °C. » - expliquait le quotidien américain le Washington Post, dans un article repris par Courrier International.
Pourtant, les expert·es du GIEC ont tiré la sonnette d’alarme depuis bien longtemps et dénoncé à maintes reprises les conséquences désastreuses des activités anthropiques sur la biodiversité et l’évolution du climat. Ils et elles ont invité les politiques à se saisir sérieusement de ces sujets, mais leur avertissements n’ont pas été entendus ; pire, leurs multiples alertes ont parfois été moquées, jugées « alarmistes » par certain·es élu·es notamment à l’extrême-droite.
Et c’est un comble, même les luttes écologiques se retrouvent entravées par ces chaleurs extrêmes. Comme le souligne le média Reporterre « Le weekend dernier, les 27 et 28 juin, alors que l’Europe pulvérisait tous les records de température, plusieurs actions contre des projets polluants ont été annulées. En Belgique, les activistes de Code Rouge préparaient depuis des semaines une mobilisation contre le chantier d’un data center appartenant à Google. Mais à cause des records de chaleur, ils ont dû revoir leurs plans et se sont finalement installés dans un bois à proximité du chantier, situé à Farciennes dans le Hainaut. »
C’est au niveau politique que cela se joue
C’est néanmoins bel et bien au niveau politique que cela se joue et que des mesures exigeantes doivent être revendiquées, faisant du climat une priorité. Or c’est tout l’inverse qui se produit.
En effet, pendant ses deux mandats présidentiels, Emmanuel Macron a laissé ses gouvernements baisser les budgets du Fonds vert de plus d’un milliard d’euros, réduit les budgets pour la rénovation thermique ; l’Assemblée nationale a piétiné la loi Climat et Résilience, héritière des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, avec l’assouplissement d’une de ses mesures phares : la ZAN (Zéro Artificialisation Nette) qui devait restreindre la bétonisation des espaces naturels, agricoles et forestiers…
Au niveau européen, même son de cloche, les reculs s’enregistrent partout : la Commission européenne a décidé de revenir sur l’interdiction de la vente de voitures neuves essence et diesel dès 2035, a rédigé le projet de règlement Omnibus pour autoriser indéfiniment les pesticides...
Par leur inaction, l’État et les député·es qui ont traîné les pieds, sont responsables de l’aggravation de la crise climatique, tout comme les entreprises multinationales telles que les compagnies pétrolières qui s’enrichissent en détruisant les écosystèmes et en exploitant les ressources planétaires, en toute impunité.
Nous dénonçons l’inaction climatique et ses effets mortifères
Nous dénonçons cet état de fait et ses effets mortifères. Nous dénonçons ce faux débat autour des climatiseurs, qui pollue l’espace médiatique et public, en évitant de se poser les bonnes questions. Certes dans les hôpitaux ou pour des personnes à la santé fragile ils permettent, à court terme, d’apporter un mieux être.
Mais faire de la climatisation le plan idéal pour lutter contre la canicule, c’est comme mettre un pansement sur une jambe de bois. Plus on climatise pour lutter contre la canicule, plus on réchauffe la planète (à cause des émissions de CO₂ et de la chaleur rejetée par les climatiseurs). Ce qui crée un cercle vicieux : plus il fait chaud, plus on climatise, plus il fera chaud demain.
Pourtant, les solutions existent et elles ne demandent qu’à être appliquées. Elles ont été réfléchies par des expert·es, des scientifiques et déjà testées par les associations sur le terrain.
Pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique, nous devons collectivement penser écologie sur le long terme :
- Sortir des énergies fossiles,
- Verdir les centres villes et protéger les forêts primaires,
- Isoler les bâtiments, en utilisant des matériaux traditionnels et sobres : le bois, la terre, la paille,
- Arrêter de surconsommer – à garder à l’esprit alors que les soldes d’été ont commencé !
- Ralentir la cadence imposée par le système capitaliste productiviste et extractiviste dans lequel nous évoluons.
La transition doit infuser à l’échelle locale, nationale et internationale, et inclure toute la population. Elle enjoint à nos dirigeant·es, aux citoyen·nes, de faire preuve de coopération, d’intégrité, de courage – pour regarder en face ce qui nous arrive et choisir de renoncer à un modèle annihilant qui menace notre présence sur Terre. Nous nous devons d’être à la hauteur des défis environnementaux que nous rencontrons aujourd’hui, pour les générations futures.
Après la crise sanitaire, nous imaginions toutes et tous qu’un retour au « monde d’avant » serait impossible... avant que le business as usual ne nous rattrape. Alors que nous mourrons littéralement de chaud, prenons conscience que le monde d’après est déjà là, il faut en prendre acte, et agir !
Photos : Adrian Mag et Luis Gaterol, Unsplash
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