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Mode d'emploi

Dans les EPHAD, rester humain malgré la crise

Tout au long de la crise sanitaire, la centaine de groupes locaux Colibris a continué d'agir sur tout le territoire français. Nous avons eu à cœur de donner à voir ces personnalités mobilisées jour après jour...
Laure est aide soignante depuis 14 ans auprès des personnes âgées. Actuellement, elle exerce de nuit dans un Ehpad hospitalier de plus d’une centaine de résidents, en région Pays de la Loire. Durant la crise de la Covid19, loin d’être confinée, elle a dû continuer son travail avec, comme beaucoup, la nécessité de s’adapter rapidement.



- Comment avez vous vécu le confinement de là où vous êtes ?

Étant séparée, maman de quatre enfants de sept à douze ans, j’ai dû au moment du confinement, confier les enfants à leur père durant plus de trois semaines, pour pouvoir continuer mon travail de nuit. Sur le plan personnel, cette longue séparation n’a pas été facile à vivre. Heureusement, après, j’ai pu garder les deux semaines de congés que j’avais posées depuis longtemps, ce qui m’a permis de les retrouver. Lorsqu’ils étaient chez leur père, je leur ai fait l’école à la maison en visio chaque après-midi. Ça s’est plutôt bien passé, d’autant plus que j’ai déjà assuré leurs deux premières années de scolarité à la maison.

- Et au travail, comment ça s’est passé pour vous ?

Une anxiété permanente... à différents niveaux. Tout d’abord, une pression extérieure importante, des voisins, des amis, de la famille, qui nous faisaient, de façon insidieuse parfois, porter la responsabilité des contaminations éventuelles, de l’hôpital vers l’extérieur ou l’inverse. Et puis, l'ambiance était tendue. Il y avait un manque d’information criant. On se posait plein de questions qui restaient sans réponse claire. On ne comprenait pas la logique de ce qu’on nous demandait.

- Qu’est ce qui a changé pour vous dans votre service ?

On a dû tout réorganiser. Au niveau du matériel, il a fallu d’abord trouver des masques dans le contexte de pénurie que vous savez… On a pu récupérer dans l’hôpital voisin des masques périmés, limités à deux par jour. Au niveau des repas, on a dû revoir la disposition du mobilier dans les espaces repas pour respecter la distanciation.

Puis, avec le plan bleu, les occupants ont été totalement coupés de l’extérieur pendant un mois : l’établissement a été fermé, sans plus aucune animation : ni entrées, ni sorties. Le parc arboré ayant été fermé aussi, seules les promenades entre les murs d’une cour intérieure étaient possibles. Une totale mise à l’écart du monde et de la vie… Cet isolement les a beaucoup fatigués, stressés et déprimés. L’un d’eux, à 92 ans, a complètement lâché prise et s’est laissé mourir. Voyant cette tristesse gagner du terrain, avec les collègues, on a pris l'initiative d’organiser des rendez-vous sur tablettes avec les familles, mais on n’a dû faire des choix car ça nous prenait du temps qu’on ne pouvait pas se permettre. 

Depuis presque deux semaines, des visites extérieures de 30 mn avec masques sont autorisées si un résident en fait la demande, ce qui en limite le nombre car chacun n’a pas la capacité de formuler une demande.

- Comment avez-vous perçu cette crise dans ce contexte ?

Ça a créé des difficultés inimaginables. Par exemple, le port du masque entrave la communication avec les résidents car ils n’entendent pas bien ce qu’on leur dit et ils ne parviennent pas à interpréter nos expressions ou le mouvement des lèvres pour les malentendants… Certains sont agressifs parce qu’ils se sentent exclus. Il s'agit d'une forme de déshumanisation, les échanges qui s’appauvrissent. C’est encore plus vrai la nuit, où en général les angoisses ont tendance à se manifester par des appels auxquels on répondait avant par des gestes apaisants, comme un sourire. Nous ne pouvons plus faire ça. Nous avons un peu l’impression d’être devenus des robots.

- Si cela devait se représenter, quelles solutions suggèreriez vous pour que ça se passe mieux ?

Nous aurions avant tout besoin d'une communication plus claire, transparente. Et de moyens à la hauteur de l'enjeu. Enfin, le vrai enjeu est de disposer de plus de temps à consacrer à la relation avec les résidents , ce qui veut dire plus de moyens humains. Car le cœur de notre travail est bien le soin de l'humain.

Laure est restée en contact étroit avec les membres de son cercle cœur tout au long de cette période. Son lien avec eux a été d’un grand soutien pour elle. 

Crédits photos : pixabay


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