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Chronique du Moulin Bleu #1

Le Moulin Bleu, une oasis à l'heure du confinement

Le collectif est né au sein d'une colocation écologique de 15 personnes en région parisienne : La Maison Bleue. Le lieu est un ancien moulin et ses dépendances, 800m2 habitable sur un terrain de 13ha au bord du Loir (Saint-Jean Froidmentel, Loir-et-Cher). Le mercredi 11 mars 2020, le collectif signait l'acte de vente du lieu : Le Moulin Bleu était né. Moins d'une semaine plus tard, la France entrait en confinement total du fait de l'épidémie de COVID 19.

Dans cette chronique, les habitants du Moulin Bleu racontent à plusieurs voix la folle accélération de leur aventure au moment où le pays se met au ralenti. Ils racontent comment un projet écologique, collectif et expérimental ouvre de nouveaux horizons au moment où d'autres, que l'on croyait indépassables, se ferment.


Le confinement, un moteur pour l'installation

Avec tout le respect que nous avons pour toutes les personnes mobilisées pour la gestion de la crise du coronavirus, ainsi que celles qui la subissent quotidiennement, le virus s'est avéré être un vrai moteur pour le Moulin. À peine acheté, le lieu accueillait 15 personnes plus ou moins proches du projet qui souhaitaient quitter Paris pour éviter d'y vivre le confinement dans un environnement étriqué et pollué. Parmi ces personnes, une n'a absolument rien à voir avec le Moulin et son collectif ; une autre vit à la Maison Bleue depuis quelques semaines et avait seulement entendu parler du projet ; les autres sont partagés entre le "noyau dur", les associés non occupants, et d'anciens membres du projet qui en sont restés très proches. Nous étions deux à prévoir de nous installer à la signature de l'acte de vente ; les cinq autres membres du noyau dur avaient prévu de dégager du temps et de faire en sorte de venir au Moulin à mi-temps, avant de nous rejoindre définitivement dans les mois qui viendraient.

Nous sommes finalement 15 à vivre sur place ces premières semaines.

Nous avons eu la chance incroyable de pouvoir mettre à disposition un lieu idyllique pour ces circonstances particulières. La chance a également été celle du lieu et du projet, qui ont pu bénéficier de coups de main inattendus : les zones habitables ont été nettoyées, les espaces de stockage triés, les premiers chantiers lancés... en deux semaines, nous avons ainsi pu nous réapproprier les espaces de vie, construire notre bac à compost, préparer la terre du potager et lancer nos premières plantations, aboutir à un prototype de toilettes sèches, le tout en gérant des émotions exacerbées par un contexte sanitaire préoccupant, en construisant en parallèle les outils de notre vie collective, et en maintenant une activité professionnelle pour la plupart... autant dire que ces premiers jours ont été très intenses.

L'organisation se construit pas à pas

L'organisation du groupe et la gestion des espaces, assez chaotique d'abord - perturbation des temps de télétravail, manque d'espace "privé" qui exacerbait l'impression de vivre les uns sur les autres, incompréhensions sur les décisions... - s'est vite structurée autour de moments déjà devenus des rituels de notre vie à 15. D'abord à travers un temps "court", pris tous les soirs avant le repas, pour la passation des informations collectives, le programme du lendemain, la désignation des référents pour les tâches indispensables...

Après une semaine de test, nous avons ressenti le besoin d'ajuster - le noyau dur du projet, composé de 7 personnes, se réunissait également chaque jour pour un temps qui nous est vite apparu dysfonctionnel. S'il est plutôt naturel que certains sujets comme l'assurance habitation ou les échanges avec l'ancien propriétaire ne concerne qu'une partie restreinte du collectif, d'autres points abordés lors de ces temps semblaient devoir être traité avec l'ensemble des personnes vivant sur place - la question de l'organisation du groupe, de la répartition des espaces, de l'accueil de personnes extérieures en temps de pandémie...

Nous avons donc profité de notre première réunion collective hebdomadaire pour proposer une nouvelle organisation, en constituant des groupes de travail thématiques avec un binôme de référent, auxquels chacun et chacune peut décider de se joindre en fonction de ses envies et affinités - Bricolage, Agrimentation, Vie technique de la Maison, Aménagements... 

Un groupe "Organisation" veille à ce que ces temps se déroulent dans de bonnes conditions, et se charge decréer les outils nécessaires à cette vie collective. On y retrouve des choses diverses : un "Semeunier", planning de la semaine qui permet à chacun.e de proposer des activités communes; un tableau pour répertorier les besoins d'aménagements, de réparation; un cahier des comptes pour recenser les dépenses et indiquer nos contributions ; un tableau des tâches indispensables avec étiquettes amovibles pour que chacun et chacune puisse se positionner sur la semaine ; des affiches de "brainstorming" pour choisir le nom des gîtes... 

Et le coronavirus, dans tout ça?!

Notre première réunion collective s'est organisée le soir même de l'arrivée des personnes. Elle a commencé par un temps de "météo" approfondie pour permettre à chacun et chacune d'exprimer son sentiment par rapport à l'épidémie - cet exercice d'expression est d’ailleurs systématiquement proposé lors des points collectifs pour que chacun et chacune puisse partager ce qu'il souhaite. 

La situation du confinement a contribué à exacerber des ressentis d'abord très tranchés, entre celles et ceux qui ne se sentaient pas vraiment concernés, et d'autres très inquiets, voire directement touchés par l'épidémie. Le temps s'est comme dilaté, devenant à la fois plus court et plus long - j'ai l'impression que ça fait des mois que nous sommes là, pourtant nous avons dû faire face à cette intensité émotionnelle beaucoup plus tôt que prévu, et pas avec les personnes que nous avions d'abord imaginé. L'aboutissement de ces mois de dur labeur pour l'achat du lieu a été comme éclipsé. La première semaine a été émotionnellement chargée, avec beaucoup d'oscillations dans les ressentis personnels, parfois même d'une heure sur l'autre. Des inquiétudes se sont exprimées à l'idée que partager les mêmes espaces de vie pendant plusieurs semaines laissait de faibles chances de ne pas se contaminer les uns les autres si l'un d'entre nous était atteint par le virus. 

Nous n'avons pas pris de mesure particulière entre nous, les "gestes barrières" étant déjà plus ou moins admis au quotidien comme des questions d'hygiène élémentaire. L'exercice d'organisation de la vie collective nous a comme permis de nous extraire de cette angoisse : à tort ou à raison, elle a été plus ou moins mise de côté, pour continuer à avancer envers et contre tout - nous avions besoin de cette structuration. 

Une autre inquiétude, plus prégnante celle-là, venait de ce que nous pouvions contaminer des personnes fragiles lors de nos déplacements à l'extérieur. Nous avons donc choisi de les limiter au maximum, et de prendre toutes les précautions possibles pour limiter les risques à chaque sortie : masque, gel hydroalcoolique, distance de sécurité. Pour nos courses alimentaires, nous avons limité nos déplacements à une grande surface tous les 2 jours environ pour nous déplacer à vélo et éviter de stresser les stocks pendant cette période particulière.

Après une première semaine, il a été suggéré de réduire encore la fréquence des déplacements à l'extérieur. La voiture a donc été privilégiée pour nos dernières courses, pour permettre de faire des stocks plus conséquents et ainsi espacer les sorties, en plus de nous permettre d'aller dans un magasin qui propose des produits bio et en vrac. Il s'avère que ça se couple aussi avec des examens médicaux : une mauvaise chute a conduit l'une d'entre nous à la clinique de Vendôme pour un bras cassé - une opération en tant de pandémie, c'est sans anti-inflammatoire...

Un message plus personnel auquel je tiens pour terminer

Nous nous sommes interrogés sur ce que ce témoignage pouvait renvoyer de déplacé - peut-on réellement parler d’opportunité, d’aubaine, de chance au moment où la mort et la souffrance touchent une grande partie de la population ? 

Envers et contre tout, ces récits sont plus que nécessaires pour montrer que ces solutions ne sont pas seulement de l'ordre de l'imaginaire, mais relèvent d' une réalité déjà tangible pour certains. Le Moulin Bleu semble déjà nous prouver, plus rapidement que ce que nous avions imaginé, qu’il représente bien plus qu’un projet de vie collective. Sans parier sur l'avenir, cette expérience particulière est déjà en soi la concrétisation d'un espoir actif et engagé, cet horizon qui nous porte depuis que nous avons lancé ce projet. 


La Coopérative Oasis

Partout en France, des collectifs citoyens inventent de nouveaux lieux de vie écologiques et solidaires : les oasis. C'est parce que les banques ne financent pas ou mal ces projets participatifs que la Coopérative Oasis a été créée. Elle collecte l'épargne citoyenne pour la prêter aux écolieux ; chaque prêt est associé à un accompagnement technique adapté aux besoins du lieu.

Au début de l'année 2020, le Moulin Bleu s'est vu accorder un prêt de 195 000€ sur 7 ans par la Coopérative Oasis. Grâce à ce prêt, ils ont pu finaliser l'achat du Moulin. Nous cherchons encore des investisseurs pour verser la seconde tranche du prêt, qui leur servira à financer leurs travaux. Ce prêt est associé à un accompagnement par la Coopérative sur plusieurs aspects, notamment le montage juridique et financier.

Soutenir le Moulin Bleu via la Coopérative Oasis !


Pour aller plus loin

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Merci pour cet article qui nous permets de mieux comprendre ce que vous vivez au Moulin Bleu.
Et les photos sont très sympa ;) !