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Comment favoriser les comportements en faveur de la planète ?


Article inspiré de la chronique de Brice Couturier "Le Tour du monde des idées" diffusée le 5 septembre 2019 sur France Culture


Photo by Tommaso Pecchioli on Unsplash

Faire honte à ceux qui prennent l'avion ? Culpabiliser les mangeurs de viande ? La psychologue Kate Laffan s'appuie sur une étude canadienne pour montrer que l'argument du bien-être est bien plus efficace que celui de "l'écologie punitive" pour induire des comportements favorables à la préservation des écosystèmes.


La psychologie environnementale est une discipline nouvelle qui se répand peu à peu dans les universités du monde entier. C’est précisément dans ce domaine que Michael Schmitt dirige un laboratoire intitulé « Développement durable, Inégalités et changement social » (« Sustainability, Inequality and Social Change ») à l'Université Simon Fraser de Colombie britannique (Canada).

Sur une liste établie de 39 « comportements pro-environnement » et il s’est aperçu que 37 d’entre eux étaient considérés comme une source de satisfaction personnelle. Les deux comportements perçus négativement sont : 

  • l’usage des transports en commun ou le co-voiturage
  • le fait de n’utiliser le lave-vaisselle ou le lave-linge que lorsqu’il est plein

En effet, contre toute attente, les « comportements pro-environnement » impliquant qu’on y consacre du temps ou de l’argent apparaissent comme les plus susceptibles de procurer des satisfactions personnelles. Il semble que les gens aiment l’idée de faire des efforts. Surtout lorsqu’ils impliquent des manières de vivre plus simples.

En revanche, une chose est claire : ils n’aiment pas qu’on leur demande de faire des sacrifices.

Kate Laffan enseigne les sciences comportementales à la London School of Economics and Political Science (LSE) de Londres. En s’est penchée sur cette étude canadienne. Elle estime qu’il faut faire une distinction entre plusieurs types de satisfactions :

  • les unes, dites « hédoniques » proviennent d’expériences vécues ;
  • les autres dites « eudémoniques » proviennent du sentiment d’un accomplissement personnel, d’avoir un but, de vivre une vie qui a du sens.

Or, d’après les sondages, « trouver du sens » est une aspiration grandissante chez les citoyens occidentaux. Pour provoquer des actes favorables à la préservation des écosystèmes, il faut donc s’adresser au désir qu’ont les gens de trouver du sens. Et plus précisément, il faut s’adresser au besoin qu’ils ressentent dans trois domaines en particulier :

  • développer leur autonomie
  • établir des liens de réciprocité
  • améliorer leurs compétences.

Cette posture relève davantage de la rhétorique du développement personnel que d’une « écologie punitive » ou « coercitive ».

Alors que des centaines de millions de personnes sortent enfin de la pauvreté et accèdent aux objets et services qui rendent la vie plus facile et plus confortable, il serait donc vain de vouloir sauver la planète en prêchant les sacrifices et les restrictions. "Si votre discours pro-environnemental recourt à des appels moraux du type « il va vous falloir faire des sacrifices », écrit Kate Laffan, vous êtes en retard d’une évolution dans les mentalités collectives. Il faut encourager les gens à adopter des comportements plus favorables à l’environnement en s’adressant à eux de manière personnelle, en misant sur leur aspiration à se sentir en accord avec eux-mêmes. Il faut leur montrer que les comportements favorables à l’environnement contribuent à améliorer directement leur propre bien-être, tout en préservant aussi celui des autres et celui des générations à venir. »



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