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Chronique : La Bergère des Corbières #5

Fin de gestation : des émotions fortes !

Elle aurait dû être prof de gym, elle sera calligraphe dans le Gers, durant treize ans. Puis en 2007, Florence Robert choisit une vie au contact des animaux et de la nature. Elle devient alors bergère et crée la Ferme des Belles Garrigues à Albas, dans l’Aude. Parallèlement à son activité agricole, elle écrit. En préparation, un livre autour du sort réservé aux orangs-outans et aux forêts primaires dans le monde…



Florence et l'une de ses brebis prête à mettre bas...

L'impatience monte ! Les brebis sont énormes, les vulves rougissent, les pis gonflent... quatre-vingt-dix brebis vont bientôt mettre bas. Elles reçoivent du grain tous les soirs, ainsi qu’un complément de trèfle ou de luzerne pour fournir les protéines qu’elles ne trouvent pas dehors. Les mamies et les jeunes de l'année dernière n'y ont pas droit, parce qu'elles n'en ont pas besoin. Chaque soir, nous devons donc les trier, c'est à dire les séparer au retour du pâturage. Elles passent toutes dans un couloir qui débouche sur une porte de tri, où nous les orientons comme nous le souhaitons. Puisque les bêtes passent une par une, c'est l'occasion de les observer, de les palper au besoin, et de faire quelques caresses à celles qui le demandent.

Brebis à la porte de tri

Nous préparerons bientôt les cases d'agnelage, de petits carrés faits avec les claies en bois. Les nouvelles mères et leur progéniture y passent d'une demi-journée à trois jours afin d'apprendre à se connaître, et être facilement surveillées en cas de pépin. Les mères aiment bien les cases : elles y sont nourries abondamment et n'y ont pas le souci de chercher partout leurs petits. Pour nous, c'est l'occasion de nous faire accepter par les jeunes brebis, toujours un peu farouches. Le passage par la case les rend reconnaissantes !

Après les cases, les mères sont mises en lot dans la bergerie. Les agneaux découvrent la liberté, non sans peur au début. Mais, passée la première heure, les voilà déchaînés : ils bondissent, apprennent à faire la course, sautent de dos de brebis en dos de brebis. Voilà l'origine de l'expression « jouer à saute-moutons » ! Une vraie cour de récré.

Dès qu'ils ont trois semaines, nous les emmenons au pâturage. Pas toujours simple. Les agneaux mérinos, dont j'ai parlé dans la précédente chronique, sont ceux qui suivent le mieux leur mère, collés à leurs pattes. Mais les autres font demi-tour, appellent, rattrapent le troupeau... Heureusement, dès la troisième sortie tout est en place, et avril voit le troupeau pâturer en paix.

En attendant ce moment de repos biblique, nous avons du pain sur la planche ! L'agnelage est le moment du pic de travail, et celui des émotions fortes. La première naissance aura lieu dans moins d'une semaine...

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Pour tous les citadins, comme information pédagogique, pour nous faire aimer les bêtes, ce genre de journal est vraiment nécessaire.

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