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Chronique : La Bergère des Corbières #3

Le froid, les brebis, et moi


Elle aurait dû être prof de gym, elle sera calligraphe dans le Gers, durant treize ans. Puis en 2007, Florence Robert choisit une vie au contact des animaux et de la nature. Elle devient alors bergère et crée la Ferme des Belles Garrigues à Albas, dans l’Aude. Parallèlement à son activité agricole, elle écrit. En préparation, un livre autour du sort réservé aux orangs-outans et aux forêts primaires dans le monde…



La garrigue tout l'hiver, les naissances à partir du 15 mars, le pâturage sous les parcs photovoltaïques au printemps, le départ à la montagne le 30 juin, l'estive et sa magie... C'est à tous ces rendez-vous de la nature que Florence, bergère des Corbières, nous invite chaque mois.

Cet hiver 2018 est sec, mais bien plus froid que les précédents. Tant mieux ! Car le froid nous débarrasse des parasites, et particulièrement des tiques. Ici, c'est le vent qui rend le froid redoutable. Nous avons des journées entières avec du vent à plus de 80 km/h, ce qui fait chuter la température apparente. Nos brebis le supportent plutôt bien, à condition qu'elles mangent suffisamment et qu'elles soient bien lainées : les brebis Mérinos qui ont rejoint le troupeau l'année dernière arrivent de Provence où le mistral est redoutable en hiver. En conséquence, elles ont de la laine sur la tête, sous le ventre et jusqu'au bout des pattes. En estive, cette laine est aussi un atout : n'oublions pas qu'il a grêlé fort en juillet et neigé en août et septembre là-haut. Ces brebis Mérinos semblent trempées dans l'acier : jamais malades, capables de se contenter de peu... une sélection sévère les a forgées, très semblable à la sélection que la nature opère sur les animaux sauvages. Dire que j'ai hésité à les prendre parce que je les trouvais un peu petites ! Aujourd'hui, je dirais volontiers que c'est la brebis idéale !

Nos autres brebis, Lacaune ou Rouge du Roussillon, sont moins solides, mais s'arrangent tout de même du froid. La physiologie des animaux est dissemblable de la nôtre, et bien plus résistante. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les quelques agneaux nés en octobre (un agneau précoce nous a joué des tours début juin, et voilà dix naissances à l'automne...). Ils jouent et sautent comme des cabris dans la bergerie, même s'il fait zéro. À partir du moment où ils mangent en quantité, le froid est sans conséquences... j'aime cette vitalité expressive et cette rusticité, qualité essentielle qu'il faut préserver à tout prix.

Quant au berger... il doit se couvrir, multiplier les couches, porter des guêtres contre les broussailles piquantes, porter des gants, un bonnet, une capuche, une écharpe. Et malgré ça, il rentre souvent engourdi.

Au retour du pâturage, presque à la nuit tombée, les brebis boivent peu mais se jettent sur le sel, puis se couchent dans la bergerie les unes contre les autres, souvent à la même place et ruminent pensivement. Le berger, lui, rentre chez lui au plus vite pour se réchauffer comme il peut.

Les jours de froid intense ou de tempête de vent, ou, hélas rarement, de pluie forte, le troupeau ne sort pas et nous donnons du foin et de la paille. Ce régime forcé ne convient pas longtemps aux bêtes, qui tirent vers le bout du parc dès que la météo se fait plus favorable : elles veulent la garrigue, le choix alimentaire et la liberté de mouvement. Et le berger, de même, n'a qu'une envie : lâcher les chiens, ouvrir la porte du parc et partir pour la journée marcher dans les collines adossées au ciel. Et remplir les bêtes, cette obsession, garantie de bonne santé et de bien-être.

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