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PODCAST : El Mouhoub Mouhoud - Economiste

Relocaliser l’économie : une sécurité face aux pandémies ?


L’économiste El Mouhoub Mouhoud, professeur à l'université Paris-Dauphine et chercheur au laboratoire d’Économie de Dauphine-DIAL IRD, a été le premier économiste en France à mettre en évidence et à analyser tant sur le plan théorique qu’empirique, le phénomène de la relocalisation, la mondialisation et les migrations. Ses travaux de recherche actuels portent sur la mondialisation, la compétitivité des territoires, les délocalisations et relocalisations des activités, les migrations internationales et le développement des pays de la région Moyen-Orient / Afrique du Nord.



©pexels


C’est flagrant, cette pandémie est le produit d'une mondialisation irrésistible et d’une dérégulation de nos politiques économiques et financières. Notre industrie et nos services publics dans des domaines aussi essentiels que celui de la santé en payent le prix fort. Est-ce qu'une relocalisation de notre économie – de quelles industries ? dans quels secteurs ? de quelles manières ? – peut rendre notre société plus résiliente face aux crises majeures, aujourd’hui sanitaire, demain climatique ? Est-ce que les relocalisations peuvent favoriser la transition écologique ? Mais aussi la justice sociale ? Voilà les questions que nous avons posées à El Mouhoub Mouhoud, spécialiste des relocalisations, de la mondialisation et des migrations à l'université Paris-Dauphine.

Propos recueillis par Vincent Tardieu / Colibris

Podcast : l’entretien complet (52min)


Podcast : l'entretien en 9 questions

Vincent Tardieu :  Partout dans le monde, les États occidentaux annoncent l’injection de milliers de millards de dollars pour soutenir leur économie et l’emploi – en France, 45 milliards d’euros pour soutenir les entreprises et 200 milliards de prêts garantis. Si l’on ajoute à cet endettement massif des États durant cette pandémie le fort endettement privé, des entreprises comme des particuliers, préexistant à cette crise sanitaire, peut-on échapper non seulement à une sévère récession mais aussi à un tsunami financier ? Et dans la foulée à une explosion des prélèvements, à un chômage encore plus massif, et à une crise sociale dévastatrice, plus seulement pour les plus pauvres mais également pour ce qu’on appelle les classes moyennes ?


– V.T. : En tant qu’économiste, quelles sont les mesures que vous préconisez pour atténuer les impacts sociaux de cette crise économico-financière à venir ?


– V.T. : Cette pandémie est un puissant révélateur d’une mondialisation débridée et d’une dérégulation des politiques économiques et sociales. Elle a mis en pleine lumière la vulnérabilité de nombreux secteurs essentiels à la vie des citoyens : en matière de santé, de matériaux et de biens d’équipement, d’aliments, d’industrie des transports… Que doit-on relocaliser en France en priorité pour permettre de mieux faire face aux besoins du pays dans le cas d’une crise de cette ampleur, sanitaire ou climatique ?


– V.T. : Dans un certain nombre de secteurs essentiels, comme les médicaments ou les équipements sanitaires, ne faut-il pas nationaliser les entreprises ou monter au capital pour que l’Etat retrouve des marges de manœuvre ?


– V.T. : Ces relocalisations industrielles, vous le dites, de grands groupes les opèrent sans attendre les injonction de l’Etat. Qu’est-ce que c’est qui n’est pas relocalisé et qui devrait l'être ?


– V.T. : Il existe en réalité différentes formes de relocalisation industrielles, qui n'apportent pas les mêmes effets en matière d'emplois et de consommation. Pouvez-vous nous les décrire ? Et sommes-nous à l'abri de nouvelles délocalisations...?


– V.T. : Quels pourraient-être les régulations, et à quels niveaux seraient-elles les plus efficaces, afin d'éviter ces délocalisations des services ? Par la loi et les règlements ? Par la fiscalité ?  par le développement d’indicateurs sur les produits et services ?


– V.T. : Dans quelles mesures les relocalisations peuvent-elles favoriser une transition écologique et sociale en France ?


– V.T. : Ces relocalisations vont transformer les modes de vie et de consommation. Se poseront des questions d’accessibilité et donc de prix, mais aussi de disponibilité, certains produits habituellement consommés n’étant plus produits dans son territoire ou disponibles selon la période de l’année. Pensez-vous que les consommateurs sont prêts aux conséquences des relocalisations sur leur consommation ?



Forte aspiration à sécuriser des biens communs et à changer de trajectoire économique

Selon un sondage publié par le quotidien Libération le 31 mars dernier, la double crise sanitaire actuelle et économique à venir conduit 84 % des Français interrogés à souhaiter « relocaliser en Europe le maximum de filières de production ». L’Europe apparaît donc comme un outil de reconquête de la souveraineté collective. Pour cela un « protectionnisme économique beaucoup plus strict envers le reste du monde » est souhaité, que ce soit aux frontières de l’UE (65 %) ou de la France (54 %). Le dépassement de la société de marché est aussi réclamé par les sondés : 69 % jugent nécessaire de « ralentir le productivisme et la recherche perpétuelle de rentabilité », et 70 % de « réduire l’influence de la finance et des actionnaires sur la vie des entreprises ». Autre volonté forte : sanctuariser les « biens communs indispensables à tous » qu’il sera interdit de « fragiliser à l’avenir » : outre les hôpitaux publics (91 %) ou la Sécurité sociale (85 %), sont cités l’accès à l’eau et à un air de qualité par 88 % des personnes, la biodiversité (76 %) et l’Éducation nationale (82 %).

En savoir +

- article de l'auteur sur le sujet dans The Conversation (en français)

- Mondialisation et délocalisation des entreprises, La Découverte (cinquième édition 2017)

- Finance et connaissances. Des liaisons Dangereuses au cœur du capitalisme contemporain, La Découverte (2009).


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